MANIFESTO

Notre maison d’édition n’a pas, à proprement parler, de ligne éditoriale qui puisse la définir de façon globale. Notre ambition n’est pas d’inscrire notre catalogue dans une définition immuable ou un positionnement intangible. Nous concevons notre indépendance comme une possibilité d’échappatoire face aux logiques d’étiquetage souvent à l’œuvre dans le milieu de l’édition. Ce constat posé, Denise Labouche Éditions entend bien développer une identité propre, qui se traduit par la volonté de faire des livres mordants, originaux et ambitieux. Pour cela, nous défendons un projet éditorial dont le socle repose sur trois idées : la défense des métiers du livre, le petit tirage et la promotion de formats non conventionnels.

La défense des métiers du livre

La dématérialisation organisée des biens culturels et l’imposition de superstructures commerciales, comme Amazon, rendent les métiers d’imprimeur, d’éditeur et de libraire de plus en plus dispensables. Parce que la modernité se plaît à confondre affairisme et progrès, massification et démocratisation, la chaîne des métiers du livre est aujourd’hui fragilisée. Les illusions de modernité que représentent le livre électronique et l’emprise du numérique doivent être contestées. C’est pourquoi nous avons choisi de commercialiser nos titres uniquement chez les libraires indépendants et sur notre boutique en ligne, conçue pour accompagner le travail des artistes.

Le choix du petit tirage

La question du nombre d’exemplaires est importante pour tous les éditeurs. Mais plus encore pour les maisons indépendantes, chez qui la prise de risque pourra entraîner toute poursuite d’activité. Notre souci de ne pas publier à plus de 1 000 exemplaires s’explique ainsi doublement : il s’agit d’abord de ne pas envisager la phase de commercialisation comme une partie de « quitte ou double », puis de sélectionner un manuscrit en fonction du plaisir qu’il nous procure et non de son succès potentiel. De cette manière, l’hypothèse d’une « mauvaise vente » n’est plus synonyme de trouille. Quant à l’envie de faire découvrir un texte qui ne correspond pas à ce qui est ordinairement prescrit sur le marché littéraire, c’est de loin notre moteur le plus sûr.

La promotion de formats « hors-normes »

Opter pour le petit tirage, c’est donc se donner la permission de miser sur un texte qui n’entre pas dans les canons de l’édition pour grandes surfaces. Sans vraiment caricaturer, la norme éditoriale exige qu’un roman atteigne 90 000 mots, qu’un corpus poétique se compose d’au moins 30 poèmes, que des nouvelles soient publiées à titre posthume ou encore qu’un essai se targue d’esprit de sérieux. À toutes ces conventions, nous préférons le roman court, le recueil de moins de 20 poèmes, les auteurs peu connus et les essais hybrides, sous forme d’écrits alternés ou de dialogues. Autant de raisons qui nous font dire que la modernité et l’audace, finalement, seraient bien de notre côté.