Maison indépendante

¿Dónde estás ?

 

Poème à Santiago Maldonado

De Sebastián Villar Rojas

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Claire Allouche

 

 

Où es-tu ?…

 

Où es-tu ?

aujourd’hui je me suis réveillé en pensant

que je n’allais plus jamais de te revoir

que tu es déjà une photo où tu as été heureux

 

(la photo ce n’est pas toi

c’est de la lumière coupée

sur toute l’ombre de l’univers)

où es-tu ?

tu n’es même plus os

mais nous pouvons déjà te sentir comme des chiens

qui aboient et aboient vers l’intérieur

assis au soleil

avec le museau fermé sur la terre

où tu pousses déjà comme herbe

(où tu pousses déjà comme herbe)

où es-tu ?

 

ne pense pas que je ne suis pas préparé

il y a quelque chose dans ce monde qui m’endort

qui me dompte

pour te voir pousser sous la terre

où es-tu ?

je ne vais pas crier

je suis un chien qui aboie vers l’intérieur

et ne mord pas

tu ne vois pas ?

non

tu ne vois pas

(je t’en demande trop

nous sommes exigeants –pourquoi le pluriel ?-

je suis trop exigeant avec toi

 

comme si ne pas être ici te rendait plus fort que moi que personne que tous

te rendait même capable de voir

là où tu n’es pas

(tu ne vois pas les e-mails

les réseaux sociaux

là où tu es il n’y a pas de signe de toi ?)

où es-tu ?

allez dis

il fait déjà jour

il fait déjà nuit

il fait déjà jour encore une fois

il y a des choses qui ne changent pas tu vois ?

douze heures sont la moitié d’un jour

il y a un oiseau arrêté en chaque crépuscule

ça ne change pas non

le café du matin ne change pas non

il y a toujours une nouvelle information (ça ne change pas)

aujourd’hui j’ai vu un lieu où l’on cire les chaussures (tu vois ?

il y a des choses que non

même si nous pensons que oui)

où es-tu ?

peu importe

aujourd’hui il y a eu du soleil

aujourd’hui j’ai marché

aujourd’hui j’ai pris un bus et j’ai marché et il a fait nuit (tu vois ?)

non

tu ne vois pas

il y a une ombre que même toutes les caméras ne peuvent pas voir (c’est celle qui est dans l’œil)

et les chiens déjà te sentent

ils aboient déjà ton nom (vers l’intérieur)

crier

ils ne crient pas non

(on peut demander ça

à un chien ?)

à toi oui

nous sommes exigeants –pourquoi le pluriel ?-

à toi oui nous te demandons que tu cries

comme si nous ne t’avions jamais connu

comme si tout continuait pareil

qu’avant toi bah

toi non

ton ombre ou lumière

à toi oui

on peut te demander n’importe quoi

que le fleuve te ramène

que la rive finalement

finalement une ruse

qu’un suicidé finalement

un accident une erreur un amour mal soigné une forme

de te faire entendre n’importe quoi

nous te demandons

nous sommes comme ça les chiens nous frappons

avec la patte les portes

nous voulons entrer quand il fait froid

manger quand il se fait faim

dormir quand le rêve

où tu

revenais

et rien ne change rien

(où es-tu ? tu ne vas pas venir ? tu ne vas pas faire l’effort de nous retrouver ? tu ne vas pas sentir chaque piste que nous avons laissé –nous sommes des chiens- ?) allez

viens nous chercher

il y a des choses qui ne changent pas

les chiens dorment

tu vois ?

à demain

 

 

Poema a Santiago Maldonado

De Sebastián Villar Rojas

 

¿Dónde estás?…

¿Dónde estás?
hoy me desperté pensando
que no iba a verte nunca más
que ya sos una foto donde fuiste feliz

(la foto no sos vos
es luz recortada
sobre toda la sombra del universo)
¿dónde estás?
no sos hueso aun
pero ya podemos olerte como perros
que ladran y ladran hacia dentro
sentados al sol
con el hocico cerrado sobre la tierra
donde crecés ya como pasto
(¿donde crecés ya como pasto?)
¿dónde estás?

no creas que no estoy preparado
hay algo en este mundo que me seda
que me amansa
para verte crecer bajo la tierra
¿dónde estás?
no voy a gritar
soy un perro que ladra hacia dentro
y no muerde
¿no ves?
no
no ves
(te pido demasiado
somos exigentes -¿por qué el plural?-)
soy demasiado exigente con vos

como si no estar te hiciera más fuerte que yo que nadie que todos
te hiciera incluso capaz de ver
ahí donde no estás
(¿no ves los correos
las redes
ahí donde estás no hay señal de vos?)
¿dónde estás?
dale decí
ya amanece
ya se hace de noche
ya amanece otra vez
hay cosas que no cambian ¿ves?
doce horas son la mitad de un día
hay un pájaro parado en cada crepúsculo
eso no cambia no
el café de la mañana no cambia no
hay siempre una nueva noticia (eso no cambia)
hoy vi un lugar donde lustran zapatos (¿ves?
hay cosas que no
aunque pensemos que sí)
¿dónde estás?
no importa
hoy hizo sol
hoy caminé
hoy tomé un colectivo y caminé y se hizo de noche (¿ves?)
no
no ves
hay una sombra que ni todas las cámaras pueden ver (es la que está adentro del ojo)
y los perros ya te huelen
ya ladran tu nombre (hacia dentro)
gritar
no gritan no
(¿se le puede pedir eso
a un perro?)
a vos sí
somos exigentes -¿por qué el plural?-
a vos sí te pedimos que grites
como si nunca te hubiéramos conocido
como si todo siguiera igual
que antes de vos bah
de vos no
de tu sombra o luz
a vos sí
se te puede pedir cualquier cosa
que el río te traiga
que la orilla finalmente
que finalmente una travesura
que un suicida finalmente
un accidente un error un amor mal curado una forma
de hacerte oír cualquier cosa
pedimos de vos
somos así los perros golpeamos
con la pata las puertas
queremos entrar cuando hace frío
comer cuando hay hambre
dormir cuando el sueño
donde vos
volvías
y nada cambia nada
(¿dónde estás? ¿no vas a venir? ¿no vas a hacer el esfuerzo de encontrarnos? ¿no vas a oler cada pista que dejamos -somos perros-?) dale
pasá a buscarnos
hay cosas que no cambian
los perros duermen
¿ves?
hasta mañana