Maison indépendante

LE BONHEUR FOND DANS LA POCHE

 

 

| Thierry Théolier |

 

 

Il y a des gestes manqués et des petits actes dans la vie qui vous alertent sur votre état existentiel dans le néant occidental. Par exemple, quand vous quittez la table d’un PMU après avoir consommé un café, et que vous remarquez que le patron a eu la délicatesse commerçante de vous donner un chocolat, un chocolat que vous n’ingurgitez que très rarement, voire presque jamais ; et la plupart du temps, il reste là, après votre départ, orphelin d’un plaisir égoïste.

Et justement un jour, voilà que ce chocolat que l’on taxera trop rapidement « de merde », vous envisagez de le prendre pour quelqu’un dont vous souhaitez profondément le bien, qui vous est cher que vous voulez rendre heureux pour quelques secondes. Sans trop se leurrer, la personne ciblée est en général votre compagne, votre amoureux mais peut-être aussi votre infernal kid ou votre fille adorée, parfois votre petite mère… Vous prenez dès lors ce chocolat de merde, vous le glissez dans votre poche et vous partez continuer la vie avec ses plaisirs et ses misères (à noter qu’en ne courant qu’après le plaisir, vous enquillez toute la misère).

Un jour proche ou lointain, à la recherche d’un ticket de métro, vous serez bien embêtés parce que vous vous rendrez compte que vous avez oublié votre bonheur qui a tout simplement… fondu. L’ironie du sort veut que les plus crevards d’entre nous vident souvent leurs poches à la recherche de menue monnaie, et malgré leur situation matérielle difficile, sont donc toujours les premiers à offrir ce petit bout ce chocolat de merde aux amoureux, aux compagnes ou aux mères. Et vous, votre bonheur fond-il dans votre poche ?

 

 

 

 

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