Maison indépendante

L’ECHAPPÉE.

 

 | Marion Maudet |

 

Le vent frais, la brise, sur ta joue. L’air frais qui glisse sur ta joue. Le soleil qui s’abandonne lentement à la tiédeur du soir, la chaleur qui remonte de la terre meuble, l’eau qui paillette, des milliers de paillettes jusque dans les yeux des filles. Ca sent le chaud, ça sent l’été, ça sent les rires des amoureux heureux. Le vent frais, la brise, dans tes cheveux. La brise, douce brise, qui fait danser tes cheveux.

Sur les transats, les gens s’enlacent, les gens s’abandonnent à la nuit qui s’approche. Sur les transats, les gens discutent, les gens refont le monde à coups de couteau dans les planches de fromage, à gorgées de vin rouge versé. Ca rit par éclats, musique des couverts, des verres qui s’entrechoquent. Les gens chuchotent leurs problèmes à la Seine qui les conseillent – prenez le large, messieurs dames, prenez le large avant que.

 

 

Et toi, et ta joue, et tes cheveux. Et tes secrets que tu tais, ces secrets qui resteront secrets. Et toi, attachée dans la brume de mes émotions filant comme des étoiles. Des étoiles de pétards de fête foraine.

 

 

Le jour qui s’éteint, la lumière des lampadaires crée des ronds jaunes pâles sur les pavés gris des quais. Le vent te fait frissonner à présent. Tu prends ton pull, couvre tes épaules. Elles étaient belles, découvertes, tes épaules. Mais tu frissonnes, et le vent s’engouffre dans le monde ouvert ce soir. Une faille dans l’organisation du cosmos, une révolte sourde, inattendue. Les gens rient, maintenant, à gorge déployée. Le vin débride même les plus timides, le vin chante ce soir sous la nuit qui s’étoile. Ton regard est loin, sur cette île que je ne connais pas.

Tu souris. T’es belle, quand tu.

 

 

On court, dis ? Tu viens ? Tu te lèves, portée par le vent qui devient violent. On pourrait sauter que personne le remarquerait. Les gens s’occupent du monde et se fichent de nous. Dis, on court, viens, on joue un peu, il fait trop sérieux et le vin donne des idées gamines, des idées de chat perché et de saut à l’élastique, de chandelle tiens. Tu me suis, les étoiles dansent, on danse, je prends ta main, tu la lâches pas. On va sauter, tous les deux, dans la Seine. On va sauter, comme ça, rien. Rien, plus de monde, plus de vie, plus d’instant qui nous échappe déjà. Créer ce temps hors du temps, dis on va sauter, viens.

 

 

Mais le vent se calme, les rires reviennent. Tu souris. Tu me regardes te lâcher la main, tu regardes la Seine qui s’éloigne, tu me regardes ne sautant pas, tu nous regardes nous asseyant. Tu me regardes mon verre à la main. Je me retourne, parle du monde qui tourne pas droit aux gens qui fument, aux gens qui rient, aux gens qui parlent. Toi, tu restes avec les absents.

Alors voilà.

 

 

 

 

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