Maison indépendante

VEILLÉE FUNÈBRE.

 

 

Stéphane Poirier |

 

 

J’ai passé la nuit à penser à toi,
et les naufrages laissent les draps inondés au réveil
car la peau de mon dos est restée collée au matelas
et ce matin, mes yeux sont tellement gonflés
que les larmes se bousculent
et pourtant, je suis à marée basse
et les crabes marchent de travers
en regardant toujours derrière
et laissent leurs pattes dans le sable humide

et toujours, ces mouettes qui planent, agaçantes
avec si peu de conversation
et ces garçons de plage
aux abdominaux dithyrambiques
qui se trémoussent sur les Barracudas
alors que j’essaie de retenir mes doigts
qui, comme les pattes des crabes
laissent leurs empruntes dans le sable humide

et vu du ciel
dans son coucou
un pilote se nourrit de tous tes visages
dessinés sur la plage
et de ton corps comme un morceau de bois mort
que l’Océan emporte.

 

 

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