Maison indépendante

SANS PEUR.

 

 

 

Philippe Vourch |

 

 

 

 

Cet après-midi
Je n’ai pas bougé de l’appart
J’ai griffonné quelques mots
Sur une carte postale
Achetée dans ce magasin
Pas loin
Près de la gare
Celle qui t’a vue partir

Elle est glacée
Comme ce temps gris
Dehors, qui m’observe
Ses longs doigts glissent sous la fenêtre
Rampent sur le plancher
Me serrent les chevilles
Les cuisses
Le ventre
Le cœur

Elle est con cette carte
Comme la fin de notre histoire
Des palmiers
La mer
Une plage
Vide

Alors j’ouvre la fenêtre
Et la jette

Elle flotte au-dessus du trottoir
Tombe comme une feuille morte
Puis remonte haut
Si haut
Qu’elle crève le ciel
Déchire le gris
Arrache un coin de bleu au-dessus de la gare
Puis file là-bas
Bien plus loin
Comme un oiseau migrateur
Avec des ailes immenses
Qui embrassent le monde
Sans peur