Maison indépendante

ET TU ME DIS…

Crédits image : Picasso, Le couple à l’oiseau (1967)

 

 

 

Stéphane Poirier |

 

 

C’est un nouveau frigo
et un nouveau chat
et de nouvelles têtes dans les cadres du salon
et des jambes que je ne connaissais pas
et des seins dont les mamelons ont le goût de marmelade
et une voix qui chante plus qu’elle ne parle
et un nez qui s’enrhume au moindre courant d’air
et un nouveau paysage dessiné dans le cadre de la fenêtre
et un ciel qui passe du gris au bleu, du bleu au gris, et des nuages
dorment en ronflant sur mon épaule

 

et c’est une ville
des gens
des chiens
et des oiseaux qui chantent aussi
et des enfants qui pleurent aussi
quand ils tombent et s’écorchent les genoux
et une mère qui est la tienne
et un père comme le mien
et ton prénom qui n’est pas encore en moi
mais que je lance en l’air
dès que l’occasion se présente
c’est un prénom ballon qui rebondit
bondit
et se roule, voluptueux
sur l’herbe vert tendre du parc
et tes doigts sont dans les miens
ils roucoulent comme des tourterelles
et tu passes la main sur mon petit ventre un peu mou
et tu me dis que ça n’a pas d’importance
et même que tu aimes bien
et je te dis de ne pas t’en faire
que je n’aime pas les gros seins
et tu me dis : Arrête, tu mens !
et tu me dis : Arrête, tu mens !