Maison indépendante

INSTRUCTIONS POUR AIDER L’AUTRE A VAINCRE L’ANGOISSE.

Crédits photo : gallica.bnf.fr

 

 

 | Marion Maudet |

 

 

C’est un matin paisible où coule une rivière. Vous partagez vos sourires d’un léger mouvement de tête, et le vent dans les nuages orchestre une ronde pour les anges.

 

Les anges aiment les rondes, les valses, les manèges dansants,

les courbures du dos, les amples mouvements des petits rats de l’Opéra.

Les anges aiment les ondulations, les lignes courbes, la lettre o.

 

 C’est un matin paisible et de ce matin paisible, de la rivière qui coule, du vent dans les nuages, vous découvrez avec effroi une araignée au creux du cœur. Elle tisse sa toile depuis le soir, discrète, de ses doigts de velours, de ses longs bras qui dansent le long du fil de soie.

 

Les araignées portent les mauvaises nouvelles en dansant.

Elles portent le poids du monde avec grâce.

Peut-on leur en vouloir ?

 

De ce matin paisible, le monde lui apparaît sous une clarté violente, et les nuages dansent pour elle sous un ciel de traîne.

Vous portez à vos lèvres la tasse de café noir, vos doigts frémissent au contact de la porcelaine brûlante. Alors que coule le liquide amer, vos yeux se plissent, vos dents cognent la tasse, la tasse effleure vos lèvres. Vous reposez la tasse. Bruit sourd sur la soucoupe. Tintement de la cuillère, silence inquiet de son regard vide.

L’araignée vous observe, de ses yeux qui tournoient. De multiples perles noires en de multiples tournoiements. Approchez-vous doucement, sans la quitter des yeux. Tendez la main (votre main tremble), approchez les fils. Le silence est inquiet comme son regard est vide. Tirez.

 

Alors, sans même un soupir, les fils tomberont d’eux-mêmes, comme les cartes d’un trop vieux château.

Et tombent les murs, qui s’écroulent sans un bruit.

Tombent les fenêtres des silences qui s’étouffent.

Tombent la nuit, la porcelaine en fracas.

 

Alors le sourire face à vous se dévoilera.

De votre baiser, de la tasse, des colliers de perles brisés, il se détachera en un flot de paroles,

En un rire en cascade.

 

Et l’araignée quittera son nid dans une dernière danse.