Maison indépendante

ANTISYSTÈME.

 

 

 

| Richard La Faisanderie |

 

 

 

Encore un matin humide et brumeux

A se dissoudre sur ce quai de gare

Pour accéder au droit de dilapider

Quelques bribes de sa vie

Devant un écran ajusté à hauteur des yeux

Où défilent des phases alternées

De lettres, de chiffres ; de vide, de plein

Relevant d’une logique complexe

Capable de créer de minuscules flux d’énergie

A l’intérieur d’un dispositif inerte

En apparence.

 

Loin de sa bibliothèque

Le poète attend le Belleville-Lyon Part Dieu de 7h11

Pour rejoindre son bureau du boulevard Garibaldi.

Reconnaissable facilement

A ses yeux fendus par le gel

Et ses réactions atypiques

Aux annonces micro

Qui bouleversent régulièrement les horaires.

Aux « Encore à la bourre ce connard ! »

« Ras le cul de la SNCF ! »

« Saloperie de fonctionnaires ! »

Des autres voyageurs

Il oppose une indifférence remarquable

Se réjouissant même, plongé dans son livre,

Des quelques pages rognées

Sur son emploi du temps habituel.

Il n’a que faire de cette ponctualité là

La gestion du temps perd de son importance

Quand on est assis au bord du gouffre.

 

Anéanti par un quotidien

Plus lourd que la planète sous ses pieds

Et munit de son arme dérisoire,

Son regard chirurgical

Qui découpe et suture

Ceux qui en croisent les rayons obliques,

Il lutte pour garder son sang froid

Quand le wagon le vomit

Avec les autres voyageurs

Sur le quai grouillant de salariés.

 

Happé par le flot du transit

Qui le pousse vers les escalators

Il descend dans la gare

Ou il trainera encore quelques minutes

Avant de disparaitre définitivement

Un journal gratuit à la main.