Maison indépendante

LA TERRIBLE NOUVELLE.

 

 

 

| Richard La Faisanderie |

 

 

 

Par un jour splendide

Allumé et plein de morgue

J‘arpentais nerveusement un paysage boueux

A la recherche de la pétole des marins

Ou d’une voix instinctivement familière

Capable de me ramener à la vie standard

Lorsque je croisai un groupe de retraités

Qui marchaient au milieu des vignes

En s’aidant de cannes télescopiques.

 

Ils semblaient passablement largués

A bout de souffle

Un peu paniqués.

 

Quand ils passèrent devant moi

L’un d’eux, un barbu crotté jusqu’au genou

M’aborda pour me demander de l’aide

En pointant un doigt sur sa carte Michelin

Et en roulant des yeux.

Mais j’avais la tête dans les arbres

A l’ombre des frondaisons

Avec les écureuils et les corneilles ;

Je les envoyai donc au hasard

Du côté de la Chapelle de Brouilly

Et les regardai s’éloigner

Rangés en une file courbaturée

Qui serpentait entre les ceps

Semblable à un intestin translucide

En train de digérer des Anoraks

Des gourdes en fer blanc

Et des chaussures de marche

A lacets rouges.

 

Je pouvais voir leurs cheveux blanchir

Et tomber sur leurs épaules

Puis être dispersés par le vent

Sur les vastes étendues de vigne pelée.

Je voyais leurs dents qui se déchaussaient

Et les tavelures qui couvraient leur peau rayée

Comme des croûtes de sang séché.

Je pouvais suivre les tumeurs

Qui colonisaient leurs organes

Les métastases silencieuses

Qui tissaient le cocon

D’où surgirait le messager,

Athlète au sourire ravagé,

Qui apporterait bientôt

La terrible nouvelle.