Maison indépendante

REDÉFINITION DES PÂTES. [6]

 

 

| Elodie Lefebvre |

 

 

Les pâtes, insipides céréales. Molles, elles n’ont de goût que par la sauce qu’on y met, difficiles à attraper, difficiles à digérer, et difficile d’y trouver son bonheur autrement que dans la plâtrée. Parce qu’on les idolâtre, mais seulement avec du beurre, du gruyère, du pesto, de la tomate, des lardons – bref en pizza – les pâtes me débectent. Il y eut les topinambours, puis les patates, aujourd’hui, ce sont les pâtes. Lundi, des papâtes, mardi des papâtes, mercredi des pa-pâtes aussi ? Je m’insurge contre les accoutumés des pâtes. Si vous épuisiez l’étendue des possibilités offertes par cet aliment, au moins je vous trouverais un tant soit peu originaux, mais, comblés par des pâtes au gruyère, repas que vous pourriez ingérer quotidiennement sans vous lasser, je reste dubitative. N’êtes-vous jamais lassés ? N’avez-vous jamais envie de changement ? Si c’est bon, et que j’aime vraiment ça, je ne vois pas pourquoi je mangerais autre chose. J’entends. Note à moi-même : ce qui marche pour les pâtes, peut-il s’appliquer aux autres besoins humains ? À approfondir. De mon côté, je n’ai rien contre les pâtes, je les mangeais natures autrefois. Tout le monde ne peut pas en dire autant. La rapidité de préparation et le prix idéal pour les étudiants avaient fait des pâtes un de mes repas quotidien. Epoque assez familière pour beaucoup, à n’en pas douter. Je ne les renie pas. Mais elles m’ont usée, lassée. Elles n’ont d’intérêt à mes yeux qu’un remplissage corporel, une injonction contre la faim, une volonté d’en finir vite, mais même en cherchant au sein d’un vocabulaire le plus développé possible… impossible d’en définir un goût. C’est du pain. Un accessoire. Il y a des choses comme ça, comme les pâtes, et peut-être comme les chaises ou les antennes télé, qui n’atteignent aucun espace sensible en moi, qui ne peuvent se démarquer d’aucune manière. Même si, parfois, agrémentées comme il se doit, cuites à la perfection, gratinées ou juste parfaitement accompagnées, j’adore aussi. Il n’en reste pas moins qu’elles ont perdu tout éclat, toute saveur initiale, tout intérêt. Comme tout ce pour quoi on a voué auparavant un amour à l’excès. Note pour moi-même : cela est-il aussi valable pour les sentiments humains ? À approfondir.