Maison indépendante

LA PIERRE.

 

 

Nanou Hardenberg |

 

 

                    L’homme cassait des cailloux. Il les cognait de toute sa rage. Ses bras, son corps entier vibraient au choc de la masse sur les pierres.

                    Les cailloux éclataient en fragments aigus, une étincelle en jaillissait parfois. Il aurait voulu en souffrir la morsure ; il aurait voulu à chaque coup porté se briser lui-même tout entier.

                    Un jour, il trouva une pierre. Elle n’était pas belle, elle était parfaite. Les courbes, les arêtes en étaient parfaites ; le grain en était parfait.

                    Il en approcha la main, en ébaucha les contours dans l’espace, troublé, inquiet.

                    Il ne cassa plus de cailloux.

                    Chaque jour, maintenant, du regard il s’emparait de la pierre ; puis il s’épuisait en une danse de rage impuissante et fascinée.

                    La pierre était sans faille.

                    Il s’assit enfin.

                    La mort les embrassa, la pierre serrée contre son âme.