Maison indépendante

IL ÉTAIT VENU DE LOIN…

 

 

 

Nanou Hardenberg |

 

 

 
Il était venu de loin, de très loin ; il avait marché longtemps.

     Il était venu pour la revoir, elle. Il voulait se délivrer du poids de souvenirs trop figés ; deviner comment la vie avait passé, les marques qu’elle avait laissées.

      Il était arrivé à la nuit, à l’heure où les lumières s’allument. Il désirait cette obscurité ; il désirait cette lumière qui découperait pour lui les ombres d’une vie qu’il pourrait recréer.
Il voulait juste deviner. Se forger de nouvelles images d’une silhouette aperçue dans la nuit, derrière une fenêtre. Silhouette voûtée, fatiguée ; ou bien silhouette élancée, pleine de vie, conquérante. Silhouette solitaire ou accompagnée ; mouvante ou immobile. Il s’inventerait des souvenirs, moins pesants, peut-être. Il en bâtirait une histoire qu’il pourrait plus tard, avec le temps, faire sienne.

        Devant la maison, il s’est arrêté. Il n’y a plus rien, que le vide.

Il est reparti, simplement.