Maison indépendante

E-FRACTIONS : LA LITTÉRATURE DU HOLD-UP.

 

 

Tara Lennart |

 

 

Il était temps qu’on vous parle d’un gros coup de poing littéraire. Pendant qu’il y en a qui se battent à savoir qui a la plus grosse liseuse et pourquoi les français n’ont pas de tablette, et que le numérique c’est mieux, nan c’est moins bien, et patati et patata, se trame une douce révolution qui devrait mettre tout le monde d’accord.

Je m’explique : E-Fractions, c’est une maison d’édition qui vend des livres (sans blague) à la fois en numérique ET en papier. Et qui a inventé un système de cartes à vendre en librairie. Pas des cartes à collectionner, andouille. Des cartes livres numérique. En gros, un code à rentrer dans l’iPad, MAIS qu’on achète en librairie. Donc tout le monde a le choix, y compris nos chers libraires. Et pour ceux qui voudraient du papier, rien que du papier, il existe.

Et pour ceux qui pensent que le numérique et assimilé ne sert qu’à publier les romans à l’eau de rose de votre tante et les pulps pornos de votre grand-père, oubliez!

Mark Safranko, ça vous dit quelque chose ? Olivier Martinelli ? Sebastien Doubinsky ? (et j’en passe pour réserver un peu la surprise). Ces trois écrivains, je les aime. Pour les deux premiers, je les connaissais de longue date, et j’ai découvert le troisième en lisant son texte tout frais.

Comment dire ? Mark Safranko, c’est un peu devenu un référent. On ne présente plus ses romans, parus chez 13e Note, ses autres romans, non traduits. Mais je ne connaissais pas son théâtre. Sa pièce, Minable, est courte. Elle nous parle de ratés en galère, comme souvent chez lui. Un acteur qui vit aux crochets de son meilleur copain, bien plus dégourdi et fortuné que lui. Mais là où on est surpris, c’est dans l’aisance de Mark à nous mettre mal à l’aise avec des dialogues, et non ses monologues intérieurs et descriptions. Comment arriver à faire ressortir le trash, le glauque, l’humour de situations réelles dans une pièce de théâtre ? Lisez Minable, vous ne vous poserez plus de questions.

Il y a Olivier Martinelli, découvert chez 13e Note (je parle pour moi) avec La Nuit ne dure pas, un superbe roman rock sur les Kid Bombardos. Olivier aime le rock, le vrai qui tâche. Il aime John Fante, aussi, Bukowski…Il a le don de nous parler de petits jeunes endiablés et paumés avec une tendresse folle. Là, une fois de plus, ça ne rate pas. Avec Jonas, il nous emmène sur les traces des Cramps (et on souhaite secrètement qu’il n’ait jamais vu les Cramps en live parce qu’on serait atrocement jaloux), et d’un petit jeune mal dans ses baskets, comme tous les jeunes de son âge. Il faut dire qu’il a un nom pourri, Jonas, et Olivier va lui faire vivre ses premiers instants de punk. Et ça donne juste envie d’aller pogoter dans une salle enfumée comme on n’en fait plus!

Et Seb Doubinsky, hein ? Son texte, ses textes, car il y en a deux dans le livre qu’il publie là chez E-Fractions, laissent sans voix. Il passe d’un homo à un hétéro, d’un texte àl’autre, avec une aisance perturbante. Il saisit les nuances de pensée, d’expression, de logique propre à l’un et l’autre de ses héros sans rien laisser transparaître. En deux nouvelles, il montre deux chose : qu’il écrit très bien. Et qu’il n’y a pas forcément de case à cocher. Un homme pense et réagit comme un homme, quel que soit le sens de ses préférences. Et bim.

E-Fractions, retenez bien ce nom. Et inutile de fermer votre porte à clé:  la littérature rentre partout…

 

 

 

 

Minable de Mark Safranko. Jonas d’Olivier Martinelli. La Solitude du Baiseur de fond de Sébastien Doubinsky.

E-Fractions Editions. Collection Hors-Format

Site : http://e-fractions.com