Maison indépendante

THIERRY THEOLIER, FUCKIN’ DUDE.

 

 

 

Tara Lennart |

 

 

TH TH, c’est le genre de gars qu’on a envie de détester, comme ça, gratuitement. Sans doute parce qu’il a la fâcheuse habitude de cracher sur le beau monde de la night parisienne, sur le concept de hype en lui-même. Dans son livre Crevard, tout y passe. Colette, Agnès B, Ann Scott, Beigbeder… Bon OK il a écrit ce livre pour me taper dessus ou quoi ? Putain mais il a quoi ce gars, contre le fait d’avoir envie de faire la fête avec des gens qui n’ont certes pas forcément révolutionné le monde de l’art, mais qui ont au moins le mérite d’exister, d’écrire des bons livres… Et puis de nous habiller depuis notre naissance merde quoi. Et puis bon, il a quoi contre les hipsters aussi à la fin ? C’est pas de la faute de Kerouac si les médias incultes s’emparent d’un terme qui en fait rêver certains depuis leur adolescence, à rêver de Routes et de Greyhounds. Et ce sont toujours les mêmes qui n’ont pas de barbe. En plus, en plus, je parierais presque l’avoir croisé aux 10 ans de Colette, ce gars.

Bon bref, ça n’est pas la question. Une fois qu’on a fini de s’énerver dans le vide après un troll non stupide et plus plasticien que parano, on se prend d’une certaine sympathie pour la démarche. Car oui, il y a une démarche : un genre de happening hype ultime consistant à incarner la « contre-hype ». Piller les OB de Paris, surtout les plus branchés, ou ceux fréquentés par le plus de crétins enrichis, persuadés d’incarner le renouveau d’une élite underground confidentielle. En fait, Thierry Théolier, artiste punk, plasticien de l’espace public et grande gueule barbue, joue avec les codes nécessaires à la survie en milieu parisien branché pour mieux les ridiculiser. A moi, ça me rappelle une fontaine, d’un certain Marcel D. Un gros foutage de gueule que personne n’a encore osé, sous peine de se voir refuser l’entrée de… de quoi après tout ? Il existe encore le Palace ? Tu as vu des physio à l’entrée des bars de Pigalle ? C’est là que la vie nocturne hipsterohype se passe maintenant, faut atterrir. Nous aussi on a envie de dire merde à cette fange, pseudo frange de la sous-culture bien pensante et aussi dérangeante que ta mère en train de préparer des boulettes le samedi. Non, la vie n’est pas au Silencio même si on en aime la déco. Non Technikart, Les Inrocks et Télérama, même si on les aime quand même plus que d’autres, n’ont pas un penny d’esprit critique, subversif, réellement anglé. Sanglé plutôt, dans des poncifs qui, à force d’être éculés… Enfin on se comprend.

Tout remettre en cause, ne jamais se laisser embobiner par les modes ni les mouvements, les courants ni les tendances, et ne pas se gêner pour le dire. Voilà ce que fait TH TH à longueur de temps, de livre, de manifeste. Arrêter de se précipiter dans des panneaux qui nous nuisent, nous dénaturent, nous transforment en zombies… Et si oui, on ralentissait un peu le pas, si on regardait les modes d’un autre œil et qu’on prenait plus de temps à rester à glander sur notre canapé, un bonne vieille manette de PS2 entre les mains au lieu de courir sur les nouveautés, de répondre à la consommation, au plus toujours plus, toujours moins heureux ? Il n’a pas le look de l’emploi en question, Thierry, mais c’est un peu un Pierre Rabhi 2.0, un colibri de la hype. Dans la vie, c’est en soi qu’on trouve les meilleures ressources. Alors c’est sûr, si on les assorti d’un iPhone 5S et d’une casquette Larose + Stan Smith vintage, please, on se sent tout de suite plein aux as. Oui mais ? C’est ça qui fera de nous des artistes ? Des gens intéressants ? Ben non. Non et 100 fois non. Et c’est quand même pas désagréable de se l’entendre scander par un envahisseur de l’espace web et un hacker de Do’s & Don’t. Qu’existe-t-il de plus hype en soi que d’être anti-hype ?

 

 

 

 

Crevard de Thierry Théolier. Editions Caméras Animales. 2005

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