Maison indépendante

RENCONTRES.

 

 

 

| Stéphane Poirier |

 

 

Il y a cette fille à Paris

il y a cette fille à Bruxelles

il y a cette fille à Cambrai

il y a cette fille à Dieppe

il y a cette fille à Bordeaux

il y a cette fille à Clermont-Ferrand

il y a cette fille « je ne sais où »

il y a cette fille « je ne sais pas »

et je suis toujours dans mon appartement

et je vais

et je viens

d’une ville à l’autre

et elles viennent aussi

et elles repartent aussi

et il y a toujours ces nouveaux appartements

qui se ressemblent tous

et ne se ressemblent pas

et cette crasse de solitude dont le savon ne vient pas à bout

et ce type ordinaire, qui comme elles, cherche un peu d’amour

et tous ces mots gentils qui ruminent dans un coin en attendant de sortir

et la vie qui prend son temps parce qu’elle est éternelle

pendant que chaque année nous soufflons

nos bougies

sur des gâteaux

et qu’on dit « merci »

merci pour quoi ?

Et puis, tout ça, ça reste dans le cœur

comme une immense crème fouettée

et je les regrette

et elles me regrettent

pas moi

pas elles

seulement ce qu’on aurait pu être.

 

 

 
 

 Crédits image : John Singer Sargent, Street in Venice.