Maison indépendante

« PARCE QUE TU ME PLAIS »… OU PAS…

 

 

Tara Lennart |

 

 

[Cet article contient des spoils. En fait, la fin du livre est révélée. Merci de ne pas chouiner, vous êtes prévenus.]

 

 

C’est mal de taper sur un premier roman. Pendant une heure, celle de la lecture de Parce que tu me plais, je me suis interrogée. Faut-il ignorer ce livre ou en dire ce que j’en pense ? Assassiner Fabien Prade, l’auteur, seul, ou inclure l’éditeur dans le même sac, celui à jeter à la rivière, comme les chatons en surnombre ? Je me suis mise à la place de l’auteur : un premier roman, ça n’est pas rien. Je me suis demandé si, quelque part, je n’étais pas un peu jalouse de lui, de le voir publié, reconnu, nommé au Prix de Flore… Et puis, j’ai tranché. Non, non et non. Ce livre est un ratage complet, une erreur de l’édition, à peine un synopsis pour le Club Dorothé du 21e Siècle.

Le propos, d’abord. Un jeune parasite de la société (aussi inutile à la société que Cyril Hanouna à la télévision) s’éprend d’une jolie conne arrogante, du genre 16e à claquer vite et bien. Mais, il y a un mais, ça n’est pas simple de se faire aimer d’une fille pareille, alors notre narrateur va déployer moult stratagèmes d’une intelligence et d’une cohérence rare (éplucher le mobile des copines en commun, devenir le meilleur pote du fiancé de cette fille, lui mentir au risque de lui briser le coeur…) pour arriver à ses fins.  Se faire aimer ? Non. La baiser comme une chienne, et passer à autre chose. Fin. C’est beau non ?

Et il paraît que c’est plus ou moins supposé représenter notre génération, celle des 25-35. Tout le monde connaît quelqu’un qui vit des allocs, deale, et passe ses journées à jouer à la Playstation, sans avoir la moindre intention de faire quelque chose de sa vie, OK. Je n’ai jamais compris le but d’une existence pareille, mais soit, il y a de la place pour tout le monde. Par contre : non, tous les rejetons de la Génération Y ne sont pas aussi cons que ça, même si les moins de 25 ans en tiennent une sacrée couche en béton armé, même si certains trentenaires ont laissé leur cerveau sur les bancs du lycée, à côté des chaussettes sales du cours de gym.

Pour faire court, le propos est nul, le style est à peu près inexistant et l’histoire ne tient pas debout une seule seconde. Ce qui soulève une question cruciale : mais que faisait l’éditeur le jour où il a reçu ce manuscrit ? Comment a-t-il pu publier ça sans demander à l’auteur d’écrire… un livre ? Certains romans, sans doute inspirés par la plume de Bret Easton Ellis, Sagan, Beigbeder et consorts, avaient déjà suscité une certaine méfiance (Axolotl Roadkill d’Helen Hegemann ou Bubble Gum de Lolita Pille, dont le premier roman, Hell, est quand même honorable, même s’il se raconte que c’est Beigbeder qui l’a écrit). Là il ne s’agit plus de méfiance, mais d’une indignation pure. On accuse souvent bêtement les écrivains actuels de copier BEE, mais que dire des éditeurs qui ont trouvé un nouveau moyen de faire vendre une littérature proche du médiocre ? Comparer ce pan de la littérature à BEE, c’est à peu près comme proposer du Nescafé à un addict au ristretto italien, ou de la Redbull à un amateur de cocaïne. L’un est dégueulasse, et l’autre déclenche une véritable addiction palpitante.

Ce roman n’a donc aucune saveur, aucune aspérité, aucun support d’identification. On ne peut qu’éprouver un mépris las envers ces personnages, quels qu’ils soient, qui évoluent sous nos yeux avec une mollesse et une banalité à pleurer. Une bonne guerre, c’est ça qui leur manque, ma brave dame, et le mois de février, je vous dis qu’il ne passera pas l’hiver. 

 

 

Parce que tu me plais de Fabien Prade. Editions NIL. 2013