Maison indépendante

BLEU.

 

 

Philippe Vourch |

 

 

Je crois qu’il n’avait plus d’autres peintures

Là-bas, au fond de son atelier

Il les avait toutes utilisées

Ne restaient que des étagères vides de sens

Des pots éventrés, qui roulaient sous le vent

S’entrechoquaient

Rien d’autre

Il était là

Face à tout ce bordel

Et ses longs doigts raclaient dur

En passant dans sa barbe

Il a commencé au lever du jour

Quand tout le monde dormait encore

A peint de gris le ciel

Puis les oiseaux, les usines, les maisons, les murs

Je le voyais tremper son pinceau, l’égoutter

Essuyer une larme

Et continuer

Il a peint la mer, la pluie, les voitures, les hommes

Leurs lits, leurs visages, leurs rêves

Tout devenait gris

Et ça coulait sur les trottoirs et la route

Et j’étais sur cette route

Que pouvais-je faire sinon rouler et pleurer

Aussi

J’ai continué

Sans voir l’arbre qu’il avait laissé

Peint de fleurs

De fleurs bleues