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« L’ÉTRANGER DES CARPATHES » – UN VAMPIRE, UN VRAI !

 

 

Tara Lennart |

 

 

En ces temps impies où le pauvre vampire est devenu une icone adolescente, il était de bon ton de rendre à l’icône aux dents pointues ce qui lui est toujours revenu de droit : une stature de pervers charmeur et méchant. L’édition d’un texte fondateur de la culture vampirique remet les pendules à minuit pile, un soir de pleine lune.

 

Dans la famille des vampires, je demande Dracula, Carmilla, Lestat. Je demande Stoker, Sheridan le Fanu, Rice, mais aussi Polidori ou Keats. Oui, chère adolescente boutonneuse, sans ces dieux, Twilight n’aurait jamais vu la nuit, ni le jour qui devrait voir cette série se réduire en cendres mécréantes. Bref. Le vampire a connu de belles heures de gloires depuis que des esthètes romantiques ont transformé l’ignoble vampyr à la Nosferatu, l’ancêtre de Gollum chauve et pas sexy, en ténébreux séducteur.

La clique des gothiques anglais du 19e siècle a investi le vampire traditionnel d’une aura bien particulière. En réinventant le folklore des pays de l’Est à la sauce fantastique et romantique, ils ont créé un fantasme, une figure urbaine, sexuelle et troublante qui deviendra, au 20e, une plaie pour les soirées gothiques. Le premier a avoir paré le vampire d’élégance était le secrétaire de Lord Byron, John William Polidori qui, avec sa modeste nouvelle intitulée Le Vampire (1817) et son Lord Ruthven, pose les bases du méchant suceur de sang classe et aristocratique. Entre lui et Dracula (Bram Stoker), en 1897, il y a Carmilla (Sheridan le Fanu) en 1872, et… Klatka (Von Wachsmann) en 1844, qui nous intéresse particulièrement ici.

D’abord, parce que cette petite nouvelle d’une soixantaine de pages n’avait jamais été publiée en français, et que le Castor Astral nous régale donc d’un magnifique inédit au rayon de la culture gothique, la vraie de vraie. Ensuite, parce que ce troublant Klatka possède un certain nombre de points communs avec le cher Dracula (et je ne les énumèrerai pas, vous les découvrirez par vous-mêmes!). Et enfin, parce que ce genre d’écriture, en 2013, est toujours aussi délicieuse à lire. La finesse de la plume, la beauté des descriptions, la noirceur des situations, tout ce tableau ravit l’âme de tout amateur de littérature classique et sombre. Que notre écrivain soit allemand et non anglais ne change rien, bien au contraire, c’est encore plus charmant, même s’il y a fort à parier que notre cher Stoker avait lu cette nouvelle avant de créer son monstre légendaire.

Les chasseurs de vampires apprécieront la publication simultanée d’une Petite Encyclopédie des Vampires, qui retrace avec un certain second degré l’ensemble de la culture vampirique à travers les âges. Poésie, littérature, cinéma, musique folklore, cohabitent dans les 400 entrées authentiques. L’un plus l’autre devraient vous donner envie de (re)lire les grands livres du genre, histoire de sortir des historiettes aseptisées et dénuées de tout réalisme historique. Mort aux contrefaçons, retrouvons les idoles de notre imaginaire!

 

 

L’Etranger des Carpathes de Karl von Wachsmann. Editions Le Castor Astral. 2013.

Petite Encyclopédie des Vampires de Pierre Moquet et Jacques Petitin. Editions Le Castor Astral. 2013.