Maison indépendante

LA FEMME DE LOTH.

 

 

| Nanou Hardenberg |

 

 

Je marche. Nous fuyons. Si je me retourne, je serai statue de sel. Je ne

dois pas regarder derrière moi.

Je voudrais voir, pourtant, je voudrais savoir. Si je vois, je ne vivrai

pas. Mais si je vis sans savoir, l’image de ce que je n’ai pas vu me poursuivra.

Si je regarde en arrière, aurai-je le temps de voir ? Serai–je sel d’avoir

vu ou d’avoir voulu voir ?

Je me retourne tout d’une pièce, je vois, je deviens sel. Je me retourne

doucement : je tourne la tête, mon regard s’arrête sur ce que je ne dois pas voir, je

suis statue de sel.

Qu’ai-je vu ? Je ne peux même le penser. Pour savoir, je dois me

retourner. Si je vois, si je sais, je ne vis plus. Je ne suis pas morte : je suis sel, matière

inerte de cette terre, sel de la mer morte.

Je me suis retournée.