Maison indépendante

EFFLUVES D’UN RÊVE.

 

 

 

Elodie Lefebvre |

 

 

J’ai fait le rêve de la tranquillité. Moi. Celle pour qui rien d’autres que l’action, l’aventure, la passion ne semblaient gagner les faveurs jusqu’à maintenant. Moi j’ai rêvé de tranquillité. D’aller sans peur, sans confrontation, sans trembler d’émotion vers un chemin, une route qui réussirait à me combler. J’ai rêvé que je pouvais aimer et vivre sans extrême, sans folie et sans ivresse. Aujourd’hui, je rêve de quiétude et de sérénité, et je me déteste de désirer cette vie tiède. Je déteste souhaiter ce sentiment de bonshommes apathiques, qui me semblaient vivre à moitié, et de femmes stériles de sentiments vrais. Mais si la force de l’entier relève de ma vraie façon de vivre, la seule qui vaille à mes yeux d’être vécue, elle blesse autant qu’elle enivre, elle crève autant qu’elle élève, et vous ôte petit à petit des morceaux de vous-mêmes. Elle finira par me laisser sur le tapis, achevée et sans force, vidée de tout ce qui me ressemblait, écrasée par la pression des émotions. Alors finalement il n’y a que deux solutions, vivre encore quelque temps cette vie vraie, folle, et sans retenue, mais finir sa vie droguée ou comme un fantôme rôdant dans son asile…  ou alors vivre une moitié de vie. J’aurais choisi les narcotiques et l’hôpital psychiatrique. Je l’ai choisi jusqu’à maintenant. Mais aujourd’hui, dans mon hôpital à moi il n’y a plus personne. Aujourd’hui, j’ai rêvé de cette moitié de vie. Et le plus incroyable, c’est que j’y trouvais mon compte, que j’y apprenais à vivre, à aimer, à ressentir sans souffrir, à être triste sans être désespérée, à profiter sans exalter. J’y étais heureuse. Comme les infimes de l’émotion ; me laisser porter par la simplicité des moments et réagir sereinement. Et si ça n’était pas une moitié de vie ? Si ça n’était pas une moitié de vie, je me dirais qu’il faut y aller. Que c’est décidé, qu’il faut fuir tous les gens, lieux, moments, qui font monter ma courbe sinusoïdale à des maximums si hauts que la chute est mortelle. Mais c’est si bon tout en haut, au point culminant. Sauf que la descente est douloureuse et systématique. Et la répétition de la chute est chronique. On m’avait pourtant prévenu, vivre sans passion ça dure. Avec passion, ça crève. Allez savoir pourquoi les gens normaux ne sont pas taillés pour tant de rebondissements : la courbe, ils la préfèrent plate. Moi je ne sais plus ce que je préfère. Mon rêve disparaît peu à peu s’envolant dans un brouillard de souvenirs lointains, mais je résiste et prends note. Puis j’abandonne : non, je ne sais plus ce que je préfère. Quoi qu’il en soit, cette vie finira par me tuer. 

 

 

 credit photo : quicheisinsane