Maison indépendante

LAGOM – DE LA SÈVE PLEIN LES DOIGTS. [3]

 

 

Claire Allouche |

 

 

 

TROISIÈME CARNET : DE LA SÈVE PLEIN LES DOIGTS.

 

« Alors disparurent dans la brume les hommes au petit sac. »

René Char, Les Dentelles de Montmirail (1962).

 

 

1. La nuit glissante.

 

« Un véritable coucou sur rails » ; l’expression est venue spontanément à Arthur. De tous les trains empruntés jusque là, nous ne pensions pas que celui qui nous accompagnerait en Laponie serait le plus vieux, le plus lent. Le plus fidèle, peut-être ; en vingt heures de trajet, l’attachement est inéluctable, y compris lorsque l’on monte par mégarde à bord du wagon « canin ». Rangée de gauche, bull terrier blanc ; rangée de droite, jeune labrador noir.

Le train est si lent qu’il semble ronronner. Postérieurs bien ancrés dans nos sièges, bustes tournés vers la vitre, Arthur et moi poursuivons le jour jusqu’à extinction des cieux. Le noir tombe sans crier gare. Je dévisage Arthur le temps que les luminaires d’appoint se déclenchent automatiquement. Bientôt, nous n’aurons plus de miroir. Nous serons le reflet l’un de l’autre, porteurs d’un visage en devenir. Notre pilosité fera office de montre.

Cliquetis lumineux, alvéoles de lumières diffuses ; la nuit chancèle. Arrêts irréguliers, sommeil sans cesse reporté. Personne ne monte à bord depuis deux stations. Maintenant que la situation du wagon semble fixée, j’ai la sensation que plus rien ne peut arriver. Pas un aboiement, pas un ronflement, pas même un éternuement. Il y a l’homme tatoué au bull terrier blanc. Il y a un père de famille qui prend un malin plaisir à utiliser son portable avec ampli. Il y a une femme dont je ne connais que la nuque, épaisse, recouverte de cheveux châtains. Il y a deux femmes, côte à côte, d’âge et d’origine différentes ; l’une, la cinquantaine, probablement turque ; l’autre, la trentaine, peut-être saoudienne. Il y a les gros sacs à dos, ceux qui sont prêts pour Abisko et ceux plus discrets qui s’arrêteront avant. Le labrador noir doit être tapi sous un siège à l’avant.

Finalement, premiers ronflements. Le trajet pèse lourd, l’uppercut sur les rails est de plus en plus bruyant. Il est deux heures et nous ne sommes qu’à Umeå. J’ai la sensation que le but n’est pas d’arriver, simplement d’être ballotés par le rythme singulier d’un silence deuxième classe ; à 45 kronors, la parole est d’or. Arthur a mis des boules quies. Ce silence-là n’entoure plus que moi. Impossible de rêver. Arthur dort profondément. C’est notre première nuit hors d’un sac de couchage. Je peine à fermer les yeux. Je me demande à quel moment je commencerai à avoir froid aux pieds.

Au petit matin, les passagers sont démythifiés. Ils retrouvent la parole. La femme au labrador noir s’adresse à une passagère fraîchement débarquée, uruguayenne, la cinquantaine. Fille au pair, elle voyage en Europe depuis deux ans maintenant. La femme au labrador noir s’apprête à retrouver son « fiancé de Kiruna ». Nous assisterons à leur étreinte sur le quai de la gare. Arthur tente un compliment à l’adresse du chien de l’homme tatoué. Il lui répond simplement que sa chienne est déjà au courant et il ajoute avec une curiosité distante « What the fuck are you so high in the north ?! ». Lui, il pêche à la mouche, et il remercie l’hiver d’être si long pour préparer l’été. Nous, nous sommes arrivés.

 

2. Prise de parole (2) : Spontanéité.

 

I. IDENTITY

 

  • INITIALES : A.S.
  • ÂGE : 26
  • RÉGION D’ORIGINE : Blekinge.
  • UNE IMAGE DE SUÈDE QUE VOUS AIMERIEZ PARTAGER : De la brume.
  • UN SON DE SUÈDE QUE VOUS AIMERIEZ PARTAGER : Tous les « drumbeats ».
  • UNE PHRASE EN SUÉDOIS QUI TRANSMET VOTRE ÉTAT D’ESPRIT PRÉSENT: « Var spontan ! Alltid ! » (Sois spontané, toujours !)

 

II. QUESTIONS

 

 1. 2012 aurait pu être la fin du monde. Pensez-vous que tout va mieux désormais ? Était-il important de penser à la fin pour continuer à vivre, peut-être plus consciemment, moins vainement ?

Oh, c’est un mythe, une appropriation du calendrier maya, un tournant dans le temps, dans la conscience, oui une transformation de la conscience générale, notamment à propos de la préservation de la terre.

2. Cette année, en France, nous avons entendu parler des émeutes de Husby comme de violentes protestations en Suède contre l’inégalité sociale. Selon vous, était-ce un événement important ou juste un cri dans le creux du printemps suédois ?

Je pense que c’est un fait dans un mouvement plus global. Les gens se réveillent pour vivre une vie plus vivable. C’est vrai pour les humains et les animaux. C’est encore une histoire de conscience de changement possible. Attends, Husby, c’est quoi en fait ? (Exposition des faits. Silence) Non, je n’en ai pas du tout entendu parler en Suède. Bon.

3. En 1968, dans Jag är nyfiken de Vilgot Sjöman, la jeune Lena Nyman se demandait si la Suède était une démocratie et s’il était possible de fonder une démocratie quelque part dans le monde. Quarante-cinq ans après, que pensez-vous de cela ?

Non, cela n’existe pas, à mon sens, dans aucune société occidentale. Parce que tous les citoyens n’ont pas l’opportunité, ou la volonté, d’être impliqués dans la société, de pouvoir initier des changements. En tant que consommateurs, notre ultra liberté n’en est pas une : on a des milliers de produits dérivés, de choix. Mais voulons-nous avoir à choisir entre trente machines différentes ? Ça prend de la place, de l’énergie, le temps de faire le choix, c’est du temps perdu. On nous asservit par le choix alors que la question, c’est la nécessité. Et on nous fait oublier ce qui est nécessaire.

4. Pensez-vous que l’être humain a vocation à vivre en ville ?

Je n’ai le droit de ne juger personne. Mais évidemment, personnellement, j’opte pour la nature.

5. Connaissez-vous le nom de votre voisin le plus proche ? 

Je vis dans un collectif. Mais en-dehors… Non. Les voisins les plus proches sont déjà loin.

6. Quel cliché au sujet de la Suède n’en est vraiment un ?

« Mellanmjölkensland » : le pays « normal », « humble », et finalement… complètement ennuyeux. « Mellanmjölk » correspond au lait « intermédiaire » parmi tous les types de laits suédois.

7. Notre siècle est vieux de treize ans seulement et les prochaines générations seront amenées à vivre de nombreux événements que nous ne pouvons même pas imaginer. Selon vous, quel pourrait être l’événement du vingt et unième siècle ?

Un développement de notre société, de notre civilisation, plus… constructif, de notre société occidentale. Il y aura l’illusion d’un point culminant mais ce ne sera qu’une suite de « turning points ».

8. Comment imaginez-vous la Suède dans 500 ans ?

Éclat de rire. J’espère que les humains seront tous morts et les animaux enfin libres !

9. Quel élément ou quelle « chose » vous rappelle que vous êtes un être humain et que vous êtes vivant ?

Les gens et n’importe quoi provenant de la nature. Et les drums.

10. Pensez-vous qu’il faut être né en Suède pour être suédois ?

Je ne crois pas à la notion de nationalité.

11. Serait-il possible pour vous de vivre ailleurs qu’en Suède ?

Je n’ai jamais quitté la Suède. Je pars deux semaines en Finlande, là. Mais j’ai quand même envie de dire « oui ».

12. J’ai reçu une lettre étrange d’une certaine Hannah Svensson. Connaissez-vous quelqu’un qui s’appelle ainsi ?

Non. (Éclat de rire incontrôlable). C’est un nom… Tellement suédois. Trop suédois !

13. Quelle question aimeriez-vous poser à un Suédois ?

Pourquoi pensez-vous que nous, Suédois, avons un gros bout de bois coincé dans le cul ?

 

3. Premiers pas que du plat.

 

En passant sous le porche vétuste de l’entrée de la Kungsleden (« voie royale ») et les boîtes de dépôt d’objets perdus, j’ai cru y laisser ma peur. De la carte au territoire, le simple soulagement que ce lieu haut perché existe vraiment. Les premiers pas sont libérés de tout passé ; l’étape nostalgie est sans doute dans cent kilomètres. D’ici là, ni eau courante, ni électricité.

Funambules sur planches de bois, les premiers kilomètres sont délectables. L’avant-veille, nous avons lavé nos vêtements dans la rivière et les avons séché au feu de bois. L’odeur du tipi nous suit à la trace et ne nous quittera plus. Peut-être aurait-il mieux valu trainer notre aimable crasse que de ranimer les esprits tapageurs du dernier feu à Sk. . L’eau fourmille de toutes parts ; lacs imposants, petits courts, cascades tonitruantes. Je pense aux récits de Fernand Deligny, je pense à Janmari qui ne pouvait s’empêcher d’ouvrir tous les robinets dès qu’il entrait dans une maison, histoire de « libérer l’eau ».

 

« Nulle part elle n’avait autant aimé marcher à pied que là-bas dans les montagnes à la limite des arbres. Une limite comme ça c’est beau. »

Peter Handke, Lucie dans la forêt avec les Trucs-machins.

 

Première journée, Arthur remet à l’ordre du jour les points essentiels du Survivre : vaincre en milieu hostile de Xavier Maniguet. Il me l’avait prêté pendant six mois pour « former mon moral et ma réactivité ». Le pavé n’avait pas quitté mon fauteuil défoncé. Dépité, Arthur m’en avait fait quelques lectures. Cela m’avait fait pensé – dans une moindre mesure – à Francis Ford Coppola interrompant le tournage d’Apocalypse Now pour lire à haute voix Au cœur des ténèbres de Conrad à Marlon Brando. Trop lourd pour dix jours d’autonomie alimentaire, il s’agissait de cibler les pages les plus « porteuses » : réflexes des meilleurs aventuriers pendant un saut en parachute ; réactions en cas de rencontre avec des boas constrictors ; fusil à portée de mains en Antarctique… Je croyais que tout était passé en revue, que nous en resterions là. Non, lors des premiers kilomètres, où la présence d’un ours me semblait encore clairement envisageable, Arthur me parle de désert et de jungle. Alors que nous nous éloignons de la piste principale, il me raconte, boussole au cou, la triste équipée de deux hommes dont l’avion s’est crashé en plein désert. Ils ont économisé toute leur énergie pour rejoindre la mer. Ils n’ont pas emprunté la bonne direction et ont péri en route, à une distance équivalente de celle qui les aurait menés à la survie. Le jour décline, nous quittons la piste sans grande confiance. Il est temps de parler de la jungle, des machettes, et l’impossibilité de revenir sur ses pas, tant la végétation est dense. À ce moment très précis, je ne me sentirais pas plus en sécurité en entendant plutôt des grognements animaliers. À Sk., A. m’avait souhaité de rencontrer « a big wild animal who will give you a new and powerful shakra ». Il m’avait raconté son face à face avec un élan dans les environs de Göteborg. De sa belle voix grave, il m’avait souhaité de rencontrer un animal encore plus noble. Oui, lui qui m’avait reproché d’avoir tué un moustique en sa présence, il avait osé me dire « I hope you will meet a bear. Have a nice travel. »

Première nuit en face d’une cascade. Nous accompagnons le soleil jusqu’à son coucher définitif. La lumière froide réchauffe nos espérances quant aux lendemains, quant aux habitudes que nous finirons par prendre pour pleinement jouir de cet incroyable espace de possibles. J’ai l’impression que je pourrais réécrire ici le bref récit de ma vie, feindre une enfance entière en Laponie ; il faut pourtant que je me fasse à l’idée que plus personne ne me demandera rien. Le présent domine.

 

3.3 DE LA SÈVE PLEIN LES DOIGTS

 

4. Écorcer vif.

 

Il a suffit de l’apprentissage d’un geste pour que le verbe écorcer devienne sacré. Depuis que j’ai appris à me servir de la lame fixe pour gratter l’humidité, je me débrouille toujours pour préparer le bois. Il en résulte qu’Arthur devient chercheur d’eau attitré. Je ne crois pas que cela le dérange ; pour lui, c’est l’occasion de finir la journée par une petite marche solitaire. Eau-bois-roche. De l’écorce plein les poches. Nous avons laissé les arbres derrière nous. Les montagnes nues nous toisent. Ce soir, le point d’eau n’est pas à deux pas. Il s’agit de devenir prévoyants. Force est de l’admettre, cueillir du petit bois me fait foncièrement plaisir. C’est un travail de choix qui exige rigueur et patience. Ce soir, le sol ne s’y approprie pas. Heureusement que nous avions amorcé un tas il y a quelques kilomètres de cela.

Plus nous avançons, plus il nous faut composer avec la matière, accepter d’écorcer des bouleaux de moindre envergure, boire une eau un peu plus trouble, déplacer de grosses pierres pour fixer les sardines du tarp. Rares sont les pierres mobiles qui se laissent arracher. Je les porte à bout de bras. J’erre seule face à la lumière superbe, à la recherche d’un peu de matière supplémentaire à soulever. Le rituel se voit sans cesse désamorcé par les variations de météo et de terrain. Une certitude, toutefois : l’écorce de bouleau demeure le meilleur fire starter. Nous ne sommes pas les seuls à le savoir : nombreux sont les arbres nus sur notre chemin.  

Je me demande ce qu’en pensait Andrei Tarkovski, et s’il y a corrélation dans Le Sacrifice entre le bouleau en pleine croissance, emblématique de la relation père-fils, et l’hallucinant incendie chorégraphié. En ces lieux impassibles, difficile d’émettre autre postulat esthétique.  

Quinze minutes d’attente pour un demi-litre d’eau chaude. Arthur s’époumone en offrant son souffle aux braises timides. Heureusement qu’il a joué du saxophone, de la flûte traversière et un peu de trompette. Ce moment magique où l’eau, finalement, décide de bouillir.

 

***

 

Un soir de grand vent. Les rennes forment une drôle de boucle, un trio ne cesse de passer et repasser, à quelques mètres de nous. Une mouette absurde en papier plumeux, se laisse planer au gré du vent. Spirale sans port d’atteinte.

J’entends de lointains échos humains mais on ne voit personne. Près de la petite mare, morceaux de plastiques, pollution surréaliste. À deux pas, graciles fleurs blanches, peu vêtues, coton sur tige. Étrangeté du sol, couleurs inattendues, mousses rouge et rose, contraste avec la dominante vert acidulé. Parterre de crottes de tailles diverses mais de forme régulière, autour de notre tarp. Ours ? Arthur me répond un « non affirmatif ». Aujourd’hui, Arthur m’a beaucoup dit « non ». Je devrais peut-être arrêter de lui poser des questions sur les ours. 

 

3.4 DE LA SÈVE PLEIN LES DOIGTS

 

5. LENDEMAIN DE VIETNAM

 

 retranscription d’une bande audio enregistrée dans la vallée de Vista [Arthur, solo] –

 

Aujourd’hui, nous sommes le 21, il est huit heures. On vient, enfin, je viens de me réveiller. Hier, la journée a été très dure, très longue, première journée dans la Vallée de Vista. La journée avait bien commencé mais, très vite, une pluie fine et interminable s’est installée pour tout l’après-midi. La végétation étant extrêmement dense, on ne voyait pas à cent mètres. Donc, aucune visibilité.

 

***

 

Flash-back 

Nous sommes le 20, il est 17h30. On a fait un tout petit peu plus que la moitié de l’étape d’aujourd’hui. On est en plein milieu de la vallée de Vista, dans une espèce d’Oasis. Jusque là, la vallée de Vista était complètement vierge de toute végétation, c’était un énorme champ de cailloux avec un petit ruisseau au fond. Là, on est entourés de bouleaux. Ça me fait vraiment très plaisir, j’ai l’impression d’avoir atteint un Oasis. Un bon endroit de bivouac : du bois, de l’eau à proximité, un sol plus ou moins sec, de l’écorce, une exposition au vent relativement faible. Un endroit de bivouac, quoi. Bon, on a eu un petit moment d’angoisse, gros coup de vent et de pluie. Heureusement il y avait une petite hutte providentielle.  Comme d’habitude, la hutte était dégueulasse. Bon, j’espère que ce soir on dort à proximité du refuge de Vista. Allez, ciao !

 

***

 

Et puis, de la pluie partout, de la boue partout. La piste, ce n’était plus une piste, c’était un ruisseau. Les chaussures complètement mouillées, à un moment on a perdu la piste, on a dû traverser les mollets dans l’eau. Claire a été plus ou moins épargnée grâce à ses chaussures étanches, même si elle a avait les pieds un peu mouillés. Moi, je n’ai pas été épargné du tout. On est arrivés à 20h30 ou 40 au refuge, même si on n’a pas mis les pieds dedans. On a monté le camp direct. Grosse galère pour allumer le feu. J’ai dû utiliser deux bûchettes de bois gras, il ne nous en reste que douze désormais. En fait, le stress, la fatigue, et tout, ont fait qu’on a grillé nos provisions de bouleau parce qu’on a eu du mal à trouver du bois sec. Ça partait pas. On a mangé, on s’est couchés, on est tombés comme des masses. Mes pieds étaient gelés. J’ai fait une bouillote avec la gourde. J’ai mis beaucoup de choses sur mes pieds : ma paire de chaussettes sèches, mes pieds dans les manches de ma polaire bleue que j’ai repliées, mon drap en soie, ma bouillote, mon sac de couchage et ma veste coupe vent. J’ai fait la même chose pour Claire, sauf pour la bouillotte. J’espère qu’elle va être contente. Je pense qu’elle me le dira. Enfin, on verra. Donc, là, on s’est réveillés, on n’a pas de bois. Tout est plus ou moins humide.  Là, je suis en train de marcher aux alentours, pour trouver un petit mort. Tous les bouleaux sont déjà écorcés… Je suis pieds nus parce que mes chaussures sont trempées. J’espère qu’on va pouvoir faire un gros feu. Mais pour ça, il faut trouver du bois sec.

 

3.5 DE LA SÈVE PLEIN LES DOIGTS

 

6. Un aileron au sommet

 

Encore une fois, nous avons dormi la tête en bas.

Ce matin, mon esprit est encombré de rêves renversés.

Nos pieds au sommet,

Il faut déjà redescendre

Des blocs de granite

Vers les coulées de bitume embuées d’oubli.

 

Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là. Arthur et moi, en maillot de bain, allongés sur un îlot lapon. Je ne sais pas comment nous sommes arrivés ici. Il fait froid, nos sacs à dos sont sur l’autre rive. Pour une fois, je plonge sans frayeur. L’eau n’est pas chaude mais le trajet n’est pas long. Évidemment, Arthur a quelques longueurs d’avance. Voilà qu’une borne mouvante passe devant lui, véritable frein à sa traversée : un aileron. Il effectue des cercles et passe bientôt devant moi. Je n’ai pas pieds. Le trajet n’est pas long mais la rive n’est pas proche. L’aileron se rapproche.

Plus tard, plus tard seulement, une fois que je serai certaine de ne plus rencontrer d’ours, je rêverai de requins dans les eaux lapones. 

 

DE LA SÈVE PLEIN LES DOIGTS

 

 

Remerciements : Arthur Dietrich, co-auteur des photographies, ami à toute épreuve et à A.S. pour sa parole.