Maison indépendante

DENISE MANIFESTO.

 

 

DE L’ACTUALITÉ

 

Notre revue en ligne cultive le temps long, celui qui compte, plutôt que la conformation psychotrope aux soubresauts de l’air du temps. Parce que le diktat de ce qui se produit incessamment est une conséquence obligée de l’évanescence journalistique,  Denise Labouche Editions fait le pari de dépassionner l’actualité, entendue ici comme l’expression objective d’un horizon indépassable. S’y soumettre absolument dans l’optique d’épouser les impératifs d’un système de valeurs consuméristes (l’actualité est une consommation comme une autre), va à l’encontre de nos espérances. Nous avons à cœur de ne plier devant aucun calendrier promotionnel pour mieux sortir du quick and dirty, cette foire d’empoigne chronométrée n’existant que par la concurrence racoleuse et le suivisme intempestif. Nous choisissons ainsi de privilégier nos désirs paresseux sur l’ordre du monde et d’écarter les papiers précipités, hautement consensuels, n’existant que dans l’obsolescence programmée d’un agenda médiatique. Grande est en effet notre intention de ne plus tuer dans l’œuf l’essence même de la critique, dont le rôle premier consiste à repérer l’art authentique, donc nécessaire. C’est dans cette perspective que nous avons décidé de nous borner à un ou deux papiers hebdomadaires, même si cela peut sembler dérisoire quand on se compare aux règles actuelles de la web-culture.

 

DU NUMÉRIQUE

 

Il serait, à ce titre, vain et stérile de dire que nous rejetons Internet. Le fait même de s’être embarqué le 17 octobre 2012 dans une entreprise rédactionnelle en ligne témoigne du fait que nous appréhendons cet outil comme un lieu de création. Toutefois, nous prévoyons d’avancer dans cet univers avec prudence et circonspection. Plutôt que de se demander ce que le numérique a changé dans nos vies, nous préférons nous demander ce qu’il n’a pas changé, ou ce qu’il a changé en mal. Que l’on réfléchisse à la surcharge informationnelle, à la loi de l’instantané et à la perte de réflexion que cela occasionne. En multipliant les distractions, en abolissant la frontière entre lieu de travail et lieu de loisir, Internet a sans doute provoqué des mutations de nos capacités réflexives que nous ne mesurons pas encore. En s’éloignant du livre, du format papier, on ne s’éloigne pas seulement d’un objet physique, qu’il nous semble utile de défendre en lui-même, on perd également un système de pensée quasi millénaire, une organisation intellectuelle reliée à un format identifié.  Denise Labouche Editions entend ainsi montrer un scepticisme assumé à l’égard d’une surface d’écriture et de pensée totalisante – le format numérique, que ce soit pour l’écriture web ou l’e-book – confondant démocratisation et massification. Ainsi que l’a théorisée Comelius Castoriadis, nous rejetons « l’évolution qui a fait des idées un objet de trafic, des marchandises consommables une saison et que l’on jette avec le prochain changement de mode. Cela n’a rien à voir avec une « démocratisation de la culture », pas plus que l’expansion de la télévision ne signifie « démocratisation de l’information », mais très précisément, une désinformation uniformément orientée et administrée. [En vérité] plus les gens lisent, moins ils lisent. » Pour cette raison, nous nous présentons comme un webzine intermédiaire, dont la principale aspiration est d’éditer au format papier. Une chose que nous faisons depuis le mois de janvier 2014.

 

DE L’HYBRIDITÉ

 

Dans cette quête pour réhabiliter le papier et la lecture, il nous paraît important de nous ouvrir à tous les types d’écriture. Nous pensons en effet qu’une revue essentiellement composée de critiques est une entreprise mort-née, dont la seule chance est de finir pendue par son manque de vision et d’inventivité. Face aux questionnements de notre temps, plutôt qu’une litanie de plaintes, nous préférons risquer de promouvoir la création comme des espaces de gratuité transcendantale, capables de répondre aux attentes d’un lectorat divers mais curieux. Une responsabilité qui nous amène, avec raison, à porter nos goûts aussi bien dans ce qui nourrit notre époque que dans ce qui lui échappe : si les œuvres populaires nous attirent autant qu’elles nous assomment, il en va de même de l’art autiste quand celui-ci disserte sur son objet bien plus qu’il ne le traite. C’est aussi pour cela que nous aimons, sans nous enliser dans une posture réductrice, inscrire nos publications dans la tradition du roman-feuilleton, avec l’espoir que Denise s’échange « sous le manteau », qu’on la lise à haute voix dans les cafés, dans la rue, dans les tous les lieux où se croisent les regards et les opinions. C’est qu’à travers Denise, finalement, nous voulons renaître, vivre plus forts, et retourner l’art, l’amour et la vie dans tous les sens.