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« AMERICAN DESPERADO » : LE PARRAIN AU PANIER.

 

 

Tara Lennart |

 

 

Il y a des livres qu’on lit, et des livres qu’on dévore. American Desperado appartient à la seconde catégorie. Ce livre est purement et simplement une tuerie. Une fois de plus, 13e Note, la maison d’édition la plus rock’n’roll du paysage littéraire français, tape très fort. Peut-être même qu’elle n’a jamais tapé aussi fort.

 

 

Le journaliste Evan Wright a passé trois ans en compagnie d’un des plus grands gangsters du 20e siècle pour écrire ce livre. Trois ans avec le numéro un américain du cartel de Medellin à Miami, rien que ça. Un type qui a tué, trucidé, exterminé, arnaqué, abattu, (synonymes acceptés) un paquet de gens, des boites de nuit de New-York aux plages de Miami entre les années 70 et la fin des années 80. Et qui l’assume parfaitement. Jon Roberts, mort deux mois après la publication de ce livre, appartenait à une catégorie de gangster à part, et redoutable pour notre équilibre mental.

Au fil des 700 pages de ce chef-d’oeuvre, entre mémoires et roman noir, apparaît un être complètement fou. Un genre de génie d’une catégorie inconnue, tel qu’on représente Satan dans les vieux films américains. Ce mec élégant, intelligent, drôle, lucide… et capable de fracasser le crâne d’un andouille contre un trottoir ou d’en écraser un en bagnole parce que c’est marrant. Là où c’est perturbant, c’est que ce type habitué au mal (papa mafioso, ça forge un caractère), apparaîtrait presque sympathique à force de se regarder avec une lucidité calme et assumée. Ce gangster ne regrettait rien, ne niait rien. Il devait en rajouter, peut-être, pour faire le fier, mais qu’importe! On finit par l’admirer et envier, un peu, ce caractère sans surmoi, où un affront se finit dans un bain de sang. Quand un crétin ivre mort nous insulte, quand un caïd de supérette nous fait une queue de poisson sur un parking, quand la vieille parano du 3e nous lâche la porte dessus, on se demanderait presque si on n’aimerait pas résoudre les problèmes de la même manière. Une balle dans le genou, bien comme il faut, ou une raclée en arrière salle, histoire de remettre les pendules à l’heure. Non, je n’ai pas de problème, pourquoi ?

La magie de ce livre qu’on a du mal à lâcher pour dormir, même quand on n’a vu ni Scarface, ni Le Parrain, ni aucun film de gangsters / mafia et qu’on ne comprend rien à Al Capone (qu’on confond avec Al Pacino), provient de cette dualité là. Loin de valoriser ou d’excuser Jon Roberts, Evan Wright parvient à le rendre humain, à faire ressortir sa personnalité sans la juger. C’est un peu dangereux, mais tellement bon!

 

 

American Desperado de Jon Roberts & Evan Wright. Editions 13e Note. 2013.