Maison indépendante

« DES ENFANTS » DE LAURENT AUDRET. PETIT, PETIT, VIENS PAR ICI…

 

 

Tara Lennart |

 

 

Je dois la découverte de ce livre à la vidéo d’un parent futé qui distrait son gamin en le faisant traîner par terre, emmailloté dans une grosse doudoune en mode lustrage de parquet économique. Voyant tout le bien que je pensais des enfants, Clarisse Mérigeot m’a immédiatement envoyé le lien de ce livre, paru chez le même éditeur que son excellente « Littérature (in)utile à se faire aimer« .

Laurent Audret donc, signe ici un premier roman très court et très bizarre. Son écriture cinglante et ciselée rappelle la précision d’une grande spécialiste des ambiances malsaines et éprouvantes : Gabrielle Wittkop, française elle aussi. On peut tout à fait me dire que ça n’a rien à voir, les histoires horrifiques et macabres de Wittkop, avec cette fable. Et ça n’a effectivement rien à voir, dans les stricts faits. Il n’y a pas de nécrophile chez Audret, ni de cadavres putrescents décrits avec tellement de précision que tous nos sens ont envie de vomir. C’est au niveau du style et de l’ambiance que se tient la proximité. Il y a des romans coups de poings et des romans empoisonnés. Ceux de Wittkop, comme celui d’Audret, appartiennent à la seconde catégorie, ceux où on se demande si on lit bien ce qu’on croit, si ce qui vient peut être pire que ce qui est. La réponse est : oui.

Le pitch du roman de Laurent Audret est simple comme celui d’un conte : des adultes enlèvent des enfants en chasses organisées. Pour en faire quoi ? Les rassembler dans une grande maison et puis… vous verrez. On ne spoile pas plus un roman aussi court. Tout se tient dans cette brièveté, dans cette violence subtile, distillée sous une plume poétique et imagée. Les mots deviennent images, ressentis, les situations prennent vie dans cette histoire. C’est le propre de la littérature, pourrait-on me dire, de donner vie aux mots. Oui, j’entends bien. Sauf qu’on a parfois quelques réticences à accepter l’idée de continuer à lire quelque chose qui nous met mal à l’aise. Quelque chose qui nous interpelle, nous perturbe au point de nous tenir en haleine. Impossible de sortir du piège, de la nasse sombre qui se referme sur nous quand on tient ce petit livre d’à peine soixante pages entre les mains.

Si vous aimez ce livre, je réfléchirais à deux fois, si j’étais vous, à avoir des enfants. Ou à en garder. Enfin, moi je dis ça…

 

 

 

Des Enfants de Laurent Audret. 2013. Christophe Lucquin Editeur

Crédit photo : Juan Asensio / http://www.juanasensio.com