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RENCONTRE AVEC LA BANDE DU SEPTIÈME CONTINENT : « NOUS SOMMES LES NOUVEAUX DRAGON BALL Z ».

 

 

Entretien avec Le Septième Continent

réalisé par Claire Allouche et Sébastien Thibault

 

 

Le Septième Continent, ce sont sept jeunes gens qui décident chaque mois de mettre en lumière deux réalisations (un court et un long), veillant ainsi à une double rencontre : celle entre une œuvre et un public, et celle plus inattendue entre deux auteurs réunis par une même « obsession » (le territoire, les monstres marins, la question amoureuse, la nuit…). Mais la première rencontre, celle qui a été décisive pour la mise à bien de ce projet, c’est bien celle de votre groupe… Où et comment vous êtes-vous rencontrés ?

 

Antoine : J’ai rencontré Brice, Alix et Lola lors d’un bal de Vampires.

Brice : Pour résumer, il y a deux sœurs : Alix et Lola ; trois amis de théâtre : Anne-Sophie Chammas, Lola et moi-même ; des amies de lycée : Sarah, Anne-Sophie Jeannin ; et des ex-amants : Antoine et moi, Alix et Serge.  

Alix : C’est une histoire de famille, d’amitié, d’amour mais surtout une histoire de cinéma. (rires)

 

Comment vous est venue l’idée de décliner la séance en court et long-métrage ?

 

Antoine : Cela vient, je pense, de la volonté de créer une rencontre entre deux films de formats différents et aussi une rencontre entre deux auteurs de sensibilités différentes.

Alix : C’est aussi simplement une manière de mettre le court métrage en avant. Le court métrage a une vie dans les festivals ou bien très tard sur Arte. Il faut apprendre à voir le court métrage comme un objet en tant que tel.

Lola : On souhaite accompagner le premier film sous toutes ces formes. C’est notre créneau. Cela passe évidemment par le court métrage. Ce sont les premières marques du cinéaste.

Alix : Oui, le cinéaste avant son long passe par le court métrage mais ce n’est pas seulement un lieu d’expérimentation, c’est aussi un lieu de création. Il ne faut pas prendre le court métrage comme un format bâtard, un format de débutant. De nombreux cinéastes confirmés reviennent parfois au format du court métrage parce que cela se prête mieux à ce qu’ils souhaitent raconter. C’est comme écrire une nouvelle et écrire un roman.   

Antoine : Lorsqu’on compose nos séances, on prend en compte le fait qu’il y a vraiment deux objets.  On ne souhaite pas éclipser le court métrage par le long. Je veux dire qu’il n’est pas là pour introduire le long métrage. Il existe en tant que tel.

 

 

« Réunir notre génération et voir ce qu’elle a à proposer »

 

 

Quels sont les critères sur lesquels se pose votre programmation, entre les films attirant votre curiosité personnelle (inhérente à une certaine cinéphilie) et ceux susceptibles de plaire à des spectateurs toujours plus nombreux ?

 

Brice : Tout d’abord, il faut que ce soit une première, voire une seconde, réalisation. Ensuite, nous axons notre programmation sur des films peu vus, et peu distribués (même pas du tout).

Antoine : Il faut aussi que ce soit des films qui aient quelque chose à crier, même si on ne s’en sent pas forcément proche par la sensibilité. 

Lola : Il faut surtout que ces films nous plaisent, que ce soit de films de qualité.

Alix : Qu’est ce qu’un film de qualité ? Dernièrement, je suis allée voir avec Lola le dernier film des frères Coen. Même s’il est considéré comme un film de qualité – les frères Coen ne sortent pas de nulle part, ils savent écrire, ils savent composer, ils savent diriger – à mon avis, il ne propose rien de nouveau et reste cloîtré dans une forme très classique de réalisation et de récit.

Antoine : J’ai bien aimé Inside Llewyn Davis

Alix : Ce que je veux dire, c’est que notre programmation se base sur la qualité, mais surtout – et c’est le point important – il doit faire une proposition nouvelle au cinéma. Regardons Leviathan par exemple, c’est un film hors norme.

Lola : Ou bien encore Les Rencontres d’après-minuit  de Yann Gonzalez. C’est une véritable proposition de cinéma.

Antoine : Oui, si on regarde notre programmation, Isabelle Huppert  et Léviathan sont quelque part aussi des « objets ». Ils ne sont pas à voir uniquement comme des films. Dans l’idéal, les films que j’aimerais projeter seraient des films qui ne soient pas des films mais plutôt des objets. Il y a aussi le facteur qu’un film n’est pas toujours un film.

Alix : Qu’est ce que ça veut dire ?

Brice : Certains films sont plus destinés au musée… Le Septième Continent peut faire aussi office de musée en projetant des films qui n’ont soi-disant pas leur place dans les cinémas.

Antoine : Ce sont des films qui engagent la lecture du spectateur autrement, même sans parler de musée…

Alix : À partir du moment où tu projettes le film dans les conditions propre au cinéma, le film devient un film de cinéma. Tout s’annule après, non ? Je comprends l’idée de vouloir déplacer les objets pour les amener au cinéma. Prendre justement l’objet pour qu’il devienne un film. C’est aussi une manière d’envisager les nouvelles formes du cinéma, une manière de lutter aussi contre sa mort. Pourquoi Isabelle Huppert  ou encore Léviathan seraient des non-films ? Eh bien parce qu’ils proposent une réaction aux formes dites classiques, non seulement avec le point de vue qu’ils abordent mais aussi dans l’utilisation des nouvelles technologies. Ce sont des films de notre temps. Isabelle Huppert  est un film générationnel, filmé à l’iPhone.

Brice : Le Septième Continent, c’est aussi un lieu d’expérimentation.

Lola : On ne cherche pas les films en fonction des thèmes, on s’adapte plutôt à ce que l’on voit. La thématique nous permet d’envisager la projection comme un ensemble, un tout cohérent. On essaie de le faire de plus en plus, que ce soit avec la présentation, le débat, les invités et la soirée… On envisage la programmation et la projection comme une obsession (pour rependre le terme de la première question). Faire une projection obsessionnelle plus que thématique.

Antoine : Et c’est souvent, malgré la cohérence recherchée, des obsessions très différentes réunies par un même thème. Le thème sert plutôt à ouvrir le dialogue.

Alix : A vrai dire, je ne pense pas que l’on cherche forcément à plaire « à des spectateurs toujours plus nombreux ». Souvent, le public est assez mitigé. La question que l’on se pose est plutôt « Est-ce que le film que l’on a choisi de projeter est susceptible de provoquer quelque chose chez le spectateur ? ».  

Antoine : C’est important qu’il y ait aussi des discordes au sein du public. D’ailleurs, il y a souvent une comparaison entre les deux films de la séance. La plupart des gens ont un goût marqué pour l’un, parfois même un dégoût pour l’autre !

Lola : Certaines personnes viennent me voir en me disant : « je n’ai pas forcément aimé les films mais c’est pas grave, c’est un tout ». Ce qu’il y a d’important dans nos projections (hormis les films), c’est le dispositif que le Septième Continent instaure. Ce n’est pas grave d’aller voir un film qui au final nous déplait. Le cinéma n’est pas toujours une partie de plaisir, ce sont aussi des déceptions, de la colère, de l’ennui, de la peur, de l’effarement, de la joie, du rire, etc. Il s’agit surtout de provoquer des rencontres, parfois attendues, parfois inattendues. Au final réunir notre génération et voir ce qu’elle a à proposer.

 

 

« Les exploitants « stars » du réseau français ne prennent pas assez de risques dans leur programmation »

 

 

On parle souvent d’un jeune cinéaste prodige, d’un jeune producteur déterminé… Mais rarement d’un « jeune programmateur audacieux », encore moins d’une « bande de programmateurs ». Quel mot, ou quelle étiquette, semble le mieux convenir à votre travail ?

 

Antoine : Un gang de petits cons.

Lola : On n’est pas forcément que programmateurs. On est avant tout une bande.

Brice : Une band  d’acharnés.

Lola : L’idée, c’est aussi de réunir des gens au cinéma pour faire du cinéma. Et réunir aussi d’autres formes de médiums.

Brice : Officiellement, il y a seulement deux programmateurs parmi nous : Alix et Antoine. Chacun a un rôle différent : un rôle officiel et un rôle non-officiel. Antoine et Anne-sophie C. s’occupent également de mettre en place une revue en ligne. Lola, Anne-Sophie J et moi même, on se charge de la communication. Sarah s’occupe de rechercher des financements. Serge, quant à lui, réalise des entrevues et des articles. Ça, c’est pour le côté officiel. En dehors, nous sommes aussi des acteurs, des réalisateurs, des scénaristes et nous participons tous à l’élaboration de projections et de projets en parallèle.

Alix : Cette histoire de mot et d’étiquette me pose problème. Cela limiterait notre travail et le désir du Septième Continent, justement, c’est de ne pas se limiter. Ça se ressent sur ce que nous sommes non-officiellement mais aussi sur des choses que nous avons déjà mises en place durant les projections. On a par exemple réalisé un film en une semaine dernièrement que l’on a projeté, on a diffusé un film dans lequel Brice est l’acteur principal, et on a travaillé avec des musiciens lors de nos ciné-concerts : Béninoah, La Femme, Mesparrow…

Lola : Je reviens encore sur l’envie de « réunir », car cela véhicule de l’énergie et elle est très importante. Elle nous permet d’avancer. On veut créer une union d’énergie.

Antoine : C’est une anecdote, mais en rentrant de la dernière séance du Septième Continent, des types ont voulu m’agresser dans la rue et arracher mon téléphone…or j’étais tellement plein d’énergie, que j’ai su les repousser, simplement en hurlant, en libérant toute l’énergie accumulée ! (rires)

Lola : Oui, on est une boule d’énergie. En fait, je dirais qu’on est une bande de Dragon Ball Z. On est les sept balles du dragon. (rires)

Alix : La voilà finalement la réponse à la question. Cela implique aussi une rage. On ne peut pas faire ça sans rage et sans le désir de vouloir changer les choses, même un petit peu. En tous cas, changer la manière de diffuser. On ne diffuse pas comme tout le monde, je crois.

 

À l’heure où l’on se demande si l’avenir du cinéma sera toujours en salle, vous affirmez : « aujourd’hui, nous voulons soutenir le jeune cinéma, principalement français, au cinéma l’Étoile des Lilas ». N’y a-t-il pas quelque part, un paradoxe ? D’un côté une salle généreuse représentant un multiplexe classique et familial (avec vente de boissons, de pop corn…) et de l’autre, votre volonté toute particulière de défendre un cinéma « peu vu, mal vu ou condamné à l’invisibilité pour des raisons de distributions »…

 

Antoine : Exactement ! La mini-révolution qu’on évoquait, elle est aussi dans le choix de projeter des petits films dans un multiplexe.

Alix : On a l’impression que le cinéma « art et essai », grossièrement dit, est cantonné à être projeté dans des petites salles parce qu’il manque de moyens, d’une part, et d’autre part parce que les exploitants « stars » du réseau français ne prennent pas assez de risques dans leur programmation. Il faut remplir les salles avant toute chose et les remplir le plus rapidement possible. On ne laisse pas la chance aux films d’être vus dans la durée. Mais il faut ajouter aussi que ce n’est pas uniquement la faute des exploitants mais aussi des attentes du public en général, et de la promotion qu’il y a autour. Le problème se situe dans le fait que les exploitants, les « promoteurs », les journalistes, déterminent à l’avance les attentes du public. Et que de ces attentes prédéterminées par le système, le public (pour ainsi dire le grand public) n’a pas non plus accès aux informations liées aux petits films. C’est un cercle vicieux, régi par la peur du déficit. C’est aussi prendre le public pour un con. Il y a également un autre facteur économique et pas des moindres, c’est que l’on se déplace de moins en moins au cinéma. Il faut donc amener le spectateur à se déplacer pour d’autres raisons que le seul fait d’aller voir un film.

Brice : Bien qu’il soit un multiplexe (et dans l’imaginaire collectif, ça renvoie aux blockbusters), il faut souligner le fait que le cinéma Etoile prend le risque de nous accueillir, nous, avec nos choix de programmation. On remarque aussi que le public répond présent à nos projections dans un multiplexe, qui en plus se trouve à la périphérie de Paris. Alors comme tu le dis Alix, c’est lié à l’éducation du public. Et avec un peu de volonté, on peut les amener à inverser la vapeur.

Antoine : Concernant l’invisibilité de certains films, je n’irais pas jusque-là. Les petits films (le terme est d’ailleurs mal choisi, il faudrait dire « les films à petit budget ») trouvent toujours un moyen d’être diffusés lors de projections parallèles, dans des lieux dédiés à un public cinéphile et averti. Nous, on déplace ces habitudes-là, au cœur du système d’exploitation. Là où précisément, on vend du popcorn et des bonbons. L’idée, c’est de faire fonctionner une forme de bouche à oreilles pour que ces films, lors de la sortie, trouvent un autre public plus inattendu. Et peut-être, par la suite, que ces films puissent être repris par d’autres distributeurs ou diffuseurs. Du moins, c’est ce que l’on essaie de faire.

Brice : On n’est pas les seuls à surfer sur ce principe, évidemment. Mais pour revenir à cette question d’invisibilité, il faut ne pas penser que ce sont des films condamnés… Ce sont principalement des films sur lesquels on communique mal, pour des raisons encore une fois économiques. Nous, on essaie avec nos moyens d’apporter une communication supplémentaire avec des teasers, des affiches, des flyers et l’usage des réseaux sociaux.

Lola : C’était drôle de voir à la première édition notre affiche jouer des coudes à côté deTransformers. C’est ça aussi que nous revendiquons. C’est une forme de lutte. L’implantation dans le système. Y être tout en étant un peu en dehors.

 

 

« Il y a une dimension nostalgique dans le cinéma français d’aujourd’hui, même celui jugé prometteur » 

 

 

Comment s’établissent les choix de « parrains » (Rebecca Zlotowski, Bertrand Bonello, Valérie Donzelli, Lucile Hazdihalilovic…) ? Dans quelle mesure votre désir de cinéma se rapproche-t-il du leur ?

 

Brice : On a toujours eu des parrains engagés, dans une réflexion cohérente entre le thème, les films et le cinéma du parrain. Ou alors dans une cohérence générationnelle avec Valérie Donzelli et Rebecca Zlotowski qui en sont au début de leur carrière.

Lola : Cela se fonde aussi sur nos goûts propres. La question que l’on se pose aussi c’est : « Qui a quelque chose à dire ? ».

Antoine : Pour la dernière séance avec la projection des Rencontres d’après Minuit de Yann Gonzalez, c’est lui qui avait le désir que Lucile Hazdihalilovic soit présente et dise quelques mots à propos de son film. Il fallait bien sur que Lucile aime son film avant d’accepter notre proposition. Et ce fut le cas !

Lola : On s’adapte à chaque fois. Le choix du parrain c’est d’abord une réflexion autour de la projection que l’on propose, de nos affinités pour le cinéma d’untel et aussi de l’affinité du cinéaste projeté avec le cinéma d’un cinéaste en particulier. Ça fait beaucoup de « cinémas ».

Antoine : Nous allons aussi prochainement établir un partenariat avec le site de VOD Mubi[1] (qui fait un travail remarquable) en donnant carte blanche à nos parrains afin qu’ils proposent, chaque mois, un film à voir sur la plateforme en ligne.

Lola : On souhaiterait aussi que le parrain se sente la liberté de choisir un long-métrage ou un court-métrage. Sortir ce dernier format des circuits habituels. D’ailleurs, Mubi en propose souvent…

 

Cette année à Cannes, les sélections de l’ACID et de La Semaine de la Critique ont amené plus d’un critique à parler de « nouvelle Nouvelle Vague » en raison, notamment, des premiers films de Justine Triet[2], Yann Gonzalez[3] et Antonin Peretjatko[4] ». Pour vous, le « jeune cinéma français » est-il forcément moderne ? À l’heure des remous de la convention collective, pouvez-vous nous donner de bonnes raisons de le défendre autrement que pour son côté « bande » et sa fougue générationnelle ?

 

Antoine : C’est une question intéressante car il y a un paradoxe. D’un côté, le jeune cinéma français souhaite se détacher de la Nouvelle Vague qui lui tient la jambe depuis un certain temps, et d’un autre côté il en est fatalement imprégné. Il y a, c’est un fait, une dimension nostalgique dans le cinéma français d’aujourd’hui, même celui jugé « prometteur » que vous avez évoqué.

Alix : C’est important que les cinéastes de demain s’émancipent enfin de la Nouvelle Vague pour proposer quelque chose d’autre. Après il y a beaucoup de manière de le faire et certains le font. Ce sont d’ailleurs les personnes citées dans la question.

Antoine : Peretjatko est le premier à l’employer pour mieux s’en détacher. Artémis Cœur d’Artichaut  d’Hubert Viel aussi compose avec les codes de cette période (le cinéma de Jean Eustache par exemple), tout en introduisant du fantastique, de la mythologie et une mise en abyme : ça donne quelque chose de très… extraterrestre ! 

Alix : Ce qui est intéressant, ce n’est pas la notion de référence dans le cinéma français, car il y’en aura toujours surtout lorsqu’il s’agit d’un premier film. Ça, c’est plutôt le travail du critique de cinéma d’y voir les références assumées, celles qui sont enfouies et celles que lui même injecte car issues de son expérience. Ce qui est intéressant, au fond, c’est la notion de « modernité ». L’essentiel de ces films, c’est qu’ils proposent cet « autre chose » dont le cinéma français en général avait grandement besoin.

Brice : Aujourd’hui, aucun cinéaste ne peut faire des films sans être accompagné par sa culture cinématographique. Ça n’existe plus. Ils sont chargés de leurs sensibilités artistiques et ça ne concerne pas seulement le cinéma, mais aussi la peinture, la sculpture, la photographie, la musique.

Lola : D’ailleurs Antonin Peretjatko a écrit un édito très drôle, et très juste aussi, dans le numéro des Cahiers du Cinéma, « Eloge de la comédie », en parlant de son « ras-le-bol » d’être sans arrêt comparé à tel ou tel… Plutôt que de s’attarder sur les similitudes, attardons-nous sur les différences.

Brice : Être moderne ne signifie pas forcément être nouveau.

Lola : L’idée d’être moderne, c’est d’être de son temps, je pense.

Antoine : La notion de modernité n’a pas vraiment de sens à l’heure actuelle, ou en tout cas on pourrait parler plus facilement de la postmodernité. Ou de la post-postmodernité ! (rires)

Brice : c’est une lutte constante entre l’ancien et le moderne, le moderne et l’ancien.

Alix : On en revient encore à un mode de comparaison. Après je pense que ça soulève un autre aspect et que la question pourrait être : « Est-ce que le cinéma français n’est pas un cinéma nostalgique ? », et dans ce cas, il faudrait aussi la poser autrement « Si, oui nostalgique de quoi ? ». Si la réponse est « De la Nouvelle Vague », alors il faudrait se demander en quoi. Au vu des films cités dans la question mais aussi des films que nous avons projetés, les réponses seraient la liberté de création, l’économie des moyens, le cinéma en dehors d’un système établi, l’utilisation de la pellicule, la poésie de dialogues et de l’écriture.

Antoine : Tu parles d’économie des moyens, et ça ne sort pas de nulle part. Ce sont des films qui ont émergé pendant la crise. Elle n’est pas seulement là dans le budget. Ces films « contiennent » la crise, et ils sont bizarrement plus libérés. Pour moi, ce type de productions a émergé il y a trois ans.

Lola : Oui, le renouveau va de paire avec le ras-le-bol. C’est d’ailleurs de ça aussi dont parle La Fille du 14 juillet.

Brice : Mais la convention collective, elle va tuer dans l’œuf les premiers films, étouffer le cinéma d’auteur français et à terme, détruire la possibilité de voir un nouveau cinéma. Il s’agit de lutter.

Lola : « Pourquoi faire du cinéma aujourd’hui ? » Pour lutter contre sa mort.

 

 

 

[1] Cinémathèque virtuelle proposant un film différent tous les jours (abonnement mensuel).

[2] La Bataille de Solferino.

[3] Les rencontres d’après minuit.