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« LES GARCONS ET GUILLAUME, Á TABLE ! », DE G. GALIENNE : FEMMES JE VOUS AIME !

 

 

 | René Gilbert |

 

 

N’insistons pas sur la difficulté de passer du théâtre au cinéma ni sur celle (aussi grande, sinon plus) de passer de l’autre côté de la caméra, pour en venir au fait : Les Garçons et Guillaume, à table !  n’est peut-être pas un film qui révolutionnera la comédie, mais tout de même, il reste une belle déclaration d’amour. De l’acteur-réalisateur à sa mère, d’abord, qu’il incarne (presque) de bout en bout et à qui il rend le plus beau des hommages. De ceux que rendent ces hommes (se faisant « plus femmes que femmes ») à leur égérie et leur modèle, pour lesquelles ils se transforment et se transcendent. Une incarnation, en effet, car cela se joue tout autant dans la chair que dans les mots, de celle dont il est la chair de la chair, avec cela de troublant que par la magie du trucage on peut contempler dans un même moment la statue du Commandeur et l’enfant qui la regarde amoureusement. C’est donc le récit d’un fils à maman, qui par amour pour sa mère, s’efforce d’être la fille qu’elle n’a jamais eue. Mais plus le fil du film se déroule, plus on comprend que c’est surtout le récit d’un apprentissage. De la féminité d’abord, puis des femmes. Car pour devenir une femme, Guillaume les observe, et se rend alors compte qu’il les aime toutes. Jusqu’à n’en plus aimer qu’une seule, ou plutôt, une plus que les autres, une plus que sa mère : Amandine, sa femme.

Une telle reconstitution, à grands traits, de la trame et du cheminement du personnage de Guillaume est nécessaire pour comprendre la beauté de la déclaration d’amour dont est dépositaire le film. Celle-ci tient à son ampleur et à la façon dont celle-ci nous apparaît. C’est tout le contraire d’un règlement de compte qui finirait dans la réconciliation. C’est un homme qui dit : « Maman, je suis ton fils, et je t’aime, et étant ton fils et t’aimant, j’ai tenté de devenir ce que je pensais que tu voulais que je sois, et pour ce faire, j’en ai regardé d’autres que toi, et je les ai aimées elles aussi, passionnément, jusqu’à rencontrer celle que j’aime aujourd’hui, et c’est un peu grâce à toi. » Une déclaration d’amour extensive, donc, de celles qui n’englobent pas tout le monde, c’est à dire personne, mais bel et bien chacune de celles à qui elle est adressée. La déclaration d’un homme, en somme, qui apporte la preuve qu’on a le cœur aussi grand que toutes celles (et tous ceux !) qu’on y laisse entrer.