Maison indépendante

CECIL B. DEMENTED (2000), FILM DE JOHN WATERS.

 

 

| Arthur Scott | 

 

 

Le nouveau millénaire avait mal commencé. Tout le monde (ou presque) avait négligé Cecil B. Demented, le film qui aurait pu ouvrir la voie vers l’impossible : un monde où le cinéma n’aurait pas été une affaire d’argent sale. Un monde où les projets ne serairent pas été formatés, à la merci d’hommes d’affaire sans foi qui imposeraient le profit au détriment de la beauté.

 

 

« 6 :46 pm IN THE NAME OF UNDERGROUND CINEMA ! »

 

Samedi 19 octobre 2013, à l’heure où ces lignes prennent forme, une histoire de lesbiennes (pas trop lesbienne) n’en finit pas de faire parler. Pire : Hollywood, faute d’audace, prépare dans ses caves des remake histoire de briser nos rêves d’enfant. De la matière à gaver le « grand public » sans oublier de nous rappeler à quel point nous sommes vieux. Il est question de Robocop et Beetlejuice  le retour. Dans des films distincts, Dieu merci.

Puisqu’il en est ainsi, rien ne sert de courir aux avant-premières promettant du vent recyclé. La passion, pour peu qu’elle existe encore, est ailleurs. Ceci est une invitation à fouiller les vidéothèques et le web à la recherche de ces bijoux cachés. A explorer le cinéma « NO BUDGET ». Ces films symboles de panache et d’investissement. A l’image de leurs auteurs dévoués, ces oeuvres sont le témoignage de l’existence d’un monde parallèle qu’il me tarde de partager. ACTION !

 

« LOTS OF KIDS DREAM OF MAKING A MOVIE… BUT ONLY THE ONES WILLING TO DIE FOR IT SUCCEED ! »

 

Tout le monde connaît John Waters. Sa silhouette longiligne et sa fine moustache font de lui un personnage reconnaissable parmi mille. Il est originaire de Baltimore (ville aujourd’hui dévastée du Maryland, non loin de New York) et y a tourné tous ses films de 1964 (Hag In A Black Leather Jacket) à 2004 (A Dirty Shame). Cet illustre survivant a connu l’âge d’or de la contre-culture. Ce temps révolu où toxicos, queers, bourgeoises hystériques et autres rejets de l’Amérique puritaine étaient des Superstars (Joe Dallessandro, Divine, Candy Darling,… que de patronymes follement exotiques).

L’an 2000, donc… Cecil B. Demented (Stephen Dorff) est le pseudo de Sinclair, jeune cinéaste en révolte contre la censure hollywoodienne. Lui et son gang planifient de kidnapper l’actrice/peste Honey Whitlock (Melanie Griffith). Elle vient à Baltimore présenter sa dernière comédie romantique, Some Kind Of Happinness. De ça, ils s’en foutent. Qu’elle le veuille ou non, ces terroristes du cinéma comptent bien faire de Whitlock, l’héroïne de Raving Beauty, le testament ultime d’un cinéma hors la loi pour lequel ils sont prêts à tout sacrifier : le sexe et leurs vies.  Dément !

 

« WE’RE HORNY… BUT OUR FILM COMES FIRST ! »

 

Pour ces « criminels », la première prise est la vérité absolue, aucune loi n’existe dans leur cinéma. La technique et les figures imposées ne sont utilisées que par des cinéastes manquant cruellement de style. Les portes sont ouvertes. Il n’est pas défendu d’être actrice X, sataniste,  MC ou femme à barbe. L’important étant de célébrer les grands noms (Warhol, Almodovar, Fassbinder,…) inventeurs d’une vision alternative et, à travers eux, continuer d’exister. Quel qu’en soit le prix. Cecil B. Demented, ses apôtres ainsi que leur célèbre victime, sabotent les tournages mainstream, commettent des attentats contre des producteurs vénales et on meurt d’envie de faire partie de leurs interventions (filmées, bien évidemment).

 

« HOW CAN YOU BE A DRUG ADDICT IN THE NEW MILLENIUM ? IT’S SO RETRO ! »

 

John Waters exprime ce que subissent les individus hors normes qui meurent d’envie d’exister. Il tente de leur rendre justice. Ce film est une allégorie du paysage cinématographique tel qu’il était à la fin du 20ème siècle. Rien n’a changé depuis, c’est pire, pourrait-on dire. Les nuits de pleine lune, des dissidents émergent ça et là,  se battent plus que jamais pour avoir leur place dans le monde. C’est tout à leur honneur. Nous avons, plus que jamais au cinéma, besoin de contre-exemples, de gens qui osent peindre avec des couleurs nouvelles. Personne n’est à l’abri d’un Forrest Gump 2, faisons gaffe.

Cecil B. Demented, à travers ses personnages borderline, exprime le grain de folie humain qui fait tant défaut dans notre quotidien. C’est là que réside la beauté du film. C’est un manifeste contre ce sous-genre malsain qu’est la comédie romantique, vitrine de bons sentiments où personne ne transpire sous les bras. C’est un hommage au cinéma de genre (du porno au karaté). Melanie Griffith, peau morte d’Hollywood, prend cher et on adore ça. Elle subit tout ce dont les actrices abonnées aux rôles de blogueuses de mode devraient subir : une crucifixion des plus réussies. Une cruciFICTION, pardon…