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THE NATIONAL, BEAUTIFUL TROUBLE.

 

 

Camille Poiret |

 

 

Avec leur septième album Trouble will find me, The National nous plonge dans l’intemporel et la permanence du vide. Je l’écoute et je suis à New York, à Manhattan, au milieu de la ville en cette nuit du 15 octobre, marchant entre la 9e et la 10e, à chercher ce quartier devenu légende pour n’avoir jamais été trouvé. Je suis à Paris à cette heure où plus rien ne bouge, où l’esprit embrumé entre excès de fatigue et d’alcool renvoie le plaisir de l’errance à sa nature hostile et suffocante. Je suis sur un boulevard longeant la mer, roulant à pleine vitesse dans la torpeur moite d’une nuit d’automne.

Je ne suis pas couchée et je ne me coucherai pas cette nuit.

Je suis seule parce qu’on est seul dans cette vie, et soudain, je crains que les ennuis me trouvent. Tout comme le titre, cette musique a quelque chose d’universel. De cette universalité sophistiquée des émotions complexes, de la mélancolie profonde, du bonheur évident, d’un rock qui ne se contente pas d’exhaler un cri mais qui tente – pour reprendre une formule de Jane Austen – de « percer notre âme ».

La magie tient à la capacité du groupe de n’en faire jamais trop. Je les imagine dans une salle minuscule et renfermée, observant le chanteur se donner à moi. A nous deux je comprends que l’on a vécu mille ans et pourtant, on s’émerveille encore d’être en vie et d’aimer à en crever, et d’avoir mal et d’être heureux, puis de s’en foutre car la vie n’est qu’un mouvement.

Leur musique nous parle d’irréalité, d’une absence d’implication qui en fait toute la richesse. Et de cette solitude qui n’a rien de désespérée quand elle devient l’instant où l’esprit s’apaise, cessant toute confrontation avec lui-même. A l’image de la vie justement, leur musique est à la fois douce-amère, mélancolique, rageuse, sucrée. Comme quelque chose touchant à l’évidence, en somme, de la douleur et de la joie.

 

 

 

The National est en concert à Paris le 18 novembre au Zénith.