Maison indépendante

ROMAIN PUÉRTOLAS & SON FAKIR : IKEA, ÇA FAIT MAL !

 

 

Tara Lennart |

 

 

Il y a des gens, normaux apparemment, que les courses chez Ikéa traumatisent au point de transformer le géant de l’ameublement en kit, et aux noms imprononçables, en cadre et élément déclencheur d’un premier roman très réussi. Coincer un fakir pas doué dans un des modèles d’armoire impossible à ouvrir de l’intérieur, il fallait y penser. Romain Puértolas l’a fait!

 

 

La critique de ce livre était très mal partie : d’abord, j’étais persuadée que l’auteur était anglais, et je n’arrivais pas à retenir le titre du roman. Ensuite, ayant horreur des livres drôles, j’avais décrété que ça devait ressembler à La Conjuration des Imbéciles, mais en moins bien puisque l’auteur est vivant. Tout un programme qui m’a quand même amenée à lire le livre d’un français qui a écrit une histoire digne d’un scénario pour Peter Sellers.

Un entourloupeur indien professionnel se retrouve coincé dans une armoire Ikéa et balloté entre la France, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie et la Lybie. Au passage, il se met à dos des Gitans hargneux qui veulent sa peau, tombe amoureux d’une française, est secouru par une comédienne française qui ressemble à s’y méprendre à Sophie Marceaux, et croise la route de clandestins en galère. Tout un petit monde qu’il trimballe à ses basques comme des lapins dans un chapeau. Et ça court, ça virevolte, ça voyage, ça bascule. Cette foule improbable se prend les pieds dans le tapis, magique, apparemment, et sillonne l’Europe dans un melting-pot pas toujours très rose. Se retrouver clandestin, entre les zones de transit et les ballotages administratifs n’a rien de marrant, même pour un indien habitué à (plus ou moins) avaler des clous en guise de petit déjeuner. D’arnaqueur professionnel, notre fakir au nom typiquement indien (Ajatashatru) va progressivement devenir un brave type qui pense aux autres et même à faire le bien. De fakir, l’indien deviendra écrivain, et honnête, soit dit en passant.

En somme, un premier roman dépaysant, amusant et pas niais pour autant, qui amène une vraie bouffée de légèreté dans une ambiance nationale dense, et pas forcément très gaie. Avec cette histoire rocambolesque, Romain Puértolas donne les signes d’une plume très anglo-saxonne (j’y tiens), et décalée par rapport à la production littéraire actuelle. Au final, on se demande si s’enfermer dans une armoire Ikéa ne profiterait pas à pas mal d’écrivains en activité. Et ça n’a rien à voir avec La Conjuration des Imbéciles, même en cherchant bien, et même avec beaucoup de mauvaise foi.

 

 

L’extraordinaire voyage d’un fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain Puértolas. 2013. Editions le Dilettante. 

 

 

 Crédit photo : lemouv.fr