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BIG IN JAPAN 13 : « LES GENS SOUS ESTIMENT LE CÔTÉ ARTY DES PHOTOS DE FÊTE ».

 

 

Entretien avec Big In Japan 13

réalisé par Tara Lennart

 

 

Ils sont deux. Deux photographes à l’oeil vif et au look New-Yorkais. Pourtant, ils travaillent en Belgique, et ont notamment réalisé un excellent reportage sur le Festival de Dour, où l’on voit des concerts, mais surtout, des festivaliers. En festival ou ailleurs, les deux compères photographient des gens, des vrais, ceux qui peuplent les rues, les soirées, les concerts, la vie. Nous, vous, eux, sans filtres ni poses. Vivement que Big in Japan 13 devienne Big… Worldwide!

 

 

Qui êtes vous ? Des Pierre & Gilles cool ? (et avec moins de kitch, en tout cas pour le moment)

 

Eric Gruloos : Nous sommes Eric & Arthur, meilleurs amis.

Arthur Scott : Meilleurs ennemis !

Eric Gruloos : Meilleurs ennemis, surtout.

Arthur Scott : C’est préférable d’avoir ses ennemis potentiels de son côté qu’en face.

Eric Gruloos : Pierre et Gilles sont cool aussi, à leur manière. Des icônes même. Nous n’en sommes pas là. L’autre différence, c’est que eux sont un couple, je crois, non ?

Arthur Scott : Ouais. On se dispute ENORMEMENT mais ça s’arrête là. Et on n’a jamais fait de shooting studio non plus, pas ensemble du moins. Pour l’instant, notre projet a été de nous rendre là où on estimait que des choses se passaient et capter la beauté des gens sans artifices.

Eric Gruloos : Et comme on est deux, on voit à 360°. Mais on a chacun une vision propre, donc le plus dur est de faire des choix cohérents à présenter qui conviennent à l’un et à l’autre.

Arthur Scott : C’est plus fun que ça en a l’air.

 

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C’est quoi Big In Japan 13 ? D’où vient le nom ? C’est une façon de signer le côté rock’n’roll du duo ?

 

Eric Gruloos : Big In Japan évidemment, c’est le fameux morceau d’Alphaville. Arthur et moi avons des goûts très différents à beaucoup de niveaux (mode, musique, lifestyle etc..). Lorsqu’on a décidé d’unir nos forces, un nom commun nous a semblé plus à propos. On trouvait que signer « Arthur & Eric » serait assez naze. Du coup, pour trouver un nom commun, on a essayé de trouver un truc qui sonnait bien pour nous deux. On s’est naturellement mis à fouiller dans les titres de chansons et ce morceau, cet érotisation du Japon, on adore.

Arthur Scott : Rock’n’roll ??? Je ne sais pas si on est rock’n’roll mais le choix de ce morceau est tout sauf lié au rock’n’roll. C’est plus un truc romantique. Il y a toujours un côté romantique dans les duos, que ce soit des musiciens, des designers, des photographes ou autre.  On est peut-être plus Pierre&Gilles qu’on voudrait l’admettre, finalement. Sinon, l’imagerie rock’n’roll nous intéresse et la musique en général. C’est dans les lieux que nous fréquentons à Bruxelles, dans les ambiances des clubs électro et des concerts qu’on a commencé à prendre des photos parce que les gens y sont incroyables.

Eric Gruloos : On postait des photos de nos soirées sur Facebook puis d’autres gens en dehors de notre cercle d’amis s’y sont intéressé, notamment les gérants de certains clubs, parce qu’on s’intéresse autant à ce qui se passe sur scène que dans le public.

Arthur Scott : Puis comme c’est cool de ne pas payer d’entrée et boire gratos, on a continué. Hormis ça, les gens sous estiment le coté arty des photos de fête. Le public montre la chaleur et l’humanité que les gens ont parfois encore du mal à trouver dans la musique électronique, par exemple. Les poses figées, c’est moins marrant à faire.

 

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Les photos de Dour sont canon. Comment ça se passe quand on prend des photos dans un festival ? Comment on choisit ses modèles, ses angles, avec tout le brassage qu’il y’a ?

 

Eric Gruloos : Pendant un festival, les photographes ont tous des approches différentes. C’est vraiment une question de personnalité et de feeling. On se balade un peu partout puis on voit. Les festivaliers sont là pour s’éclater, les choses se font naturellement, parfois à l’insu des gens. Le hasard joue beaucoup dans ce genre de situation. Les gens bougent en permanence et avec 130 000 personnes, c’est impossible de voir tout le monde, ce qui est frustrant. Après, on essaye aussi de faire en sorte que la personne qui n’était pas là perçoive l’ambiance en regardant les photos. Et les 25 ans de Dour, la sueur et la poussière étaient de la fête.

Arthur Scott : Pendant les concerts, c’était un peu la guerre. J’ai reçu un morceau de baguette dans la figure au concert de Sexy Sushi. Les photos en front stage, j’ai trouvé ça un peu chiant. J’ai seulement été en front stage le premier jour au concert de The Horrors, puis une trentaine d’autres photographes ont débarqué. Je voyais pas l’intérêt d’avoir les mêmes images que tout le monde alors que de beaux corps défilaient dehors.

 

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Quels sont vos projets futurs ? D’autres festivals, des concerts, autre chose ?

 

Eric Gruloos : On a plein de projets, on compte voyager un peu. Sortir un peu de la Belgique, explorer d’autres horizons. En ce qui concerne les autres festivals, on est plus que partants. Il faut que ce soit très bon, evidemment… Pas une machine superficielle comme Tomorrowland. Nous allons continuer sur notre lancée. J’ai suggéré l’idée d’une expo à Arthur une fois qu’on aura suffisamment de bon matériel à exploiter. On verra.

Arthur Scott : Je rêve de Glastonbury mais je ne sais pas si je survivrais tellement c’est énorme. J’ai vu un docu sur ce festival, c’est démentiel. T in the park, en Ecosse aussi. Sinon, plein de choses se passent certainement à Berlin ou à Barcelone mais je crois qu’on ira là-bas quand ce sera sur le déclin. Là, c’est tellement hype d’aller à Berlin que c’en est à vomir.

Eric Gruloos : Arthur est l’esprit underground de Big In Japan.

Arthur Scott : Et lui, le responsable de l’image qui veille à ce qu’on devienne des stars un jour.

 

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Vous vous considérez comme des artistes ou des reporters gonzo ?

 

Arthur Scott : Le gonzo est un art en soi, non ? L’œuvre de Hunter S. Thompson est exceptionnelle. Même si la plupart des gens n’ont retenu que l’adaptation de Las Vegas Parano.

Eric Gruloos : Etrange cette question sur le gonzo. Cette année à Dour, plein d’ados avaient le look Las Vegas Parano (avec le bob, les lunettes, le porte-cigarette et tout), c’était marrant à voir.

Arthur Scott : Mais je crois qu’ils connaissent plus Johnny Depp que les Gonzo Files de Thompson. Pour en revenir à ta question : dans les conditions d’un évènement comme les 25 ans du festival de Dour, on est un peu des reporters gonzo, effectivement. A l’affut de ce qui se passe autour de nous malgré la chaleur, la sueur, le manque de sommeil, la poussière, la foule, la (très bonne) musique (heureusement). Mais une fois rentrés, on visionne tout  et on essaye de garder le meilleur. On retouche à peine nos photos. On prend juste le soin de créer une sélection avec un souci d’excellence.

Eric Gruloos : Pour ce qui est de la création pure d’image, on réfléchit à quelques trucs. On experimente puis on verra si ça vaut la peine d’être vu.

Arthur Scott : Pourquoi pas un roman-photo ? Non, je blague.

 

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La Photo peut-elle encore être rock’n’roll (surtout quand « rock » est en train de devenir un label qui a du mal à se renouveler sans se caricaturer) ?

 

Eric Gruloos : Je ne pense pas que notre travail puisse être défini de cette manière. Notre but est de confondre nos styles pour créer une vision en perpétuel mouvement. Partir de deux regards qui s’opposent et trouver un point d’intersection. Mais l’idée de s’affranchir des codes et de ne pas avoir de plan pré-établi est sans doute rock’n’roll dans l’esprit. De ce qu’on a vu à Dour, le rock’n’roll n’est plus dans les guitares, il est dans l’attitude comme chez Sexy Sushi qui font de l’electro provoc ou chez Mykki Blanco, rapper homo en porte-jartelles et short de boxeur.

Arthur Scott : Ouais, le concert de Mykki Blanco. C’est la première fois que je voyais des gens sortir, l’air offusqué, même avant le début du show. L’ouverture était une performance d’une trans’ Black topless avec des lumières dans la bouche et dans la paume des mains sur un remix assez dark du Say My Name de Destiny’s Child. Et ça, on ne l’a pas photographié. Il faut parfois garder certaines choses pour soi. C’est important.

 

 

Crédit photos : BIg In Japan 13.