Maison indépendante

HEIL CAUCHEMAR !

 

 

Tara Lennart |

 

 

La littérature gothique agonise, seulement représentée par quelques plumes à clichés décolorés ; la littérature gay, faute d’icônes mourant les unes après les autres, devient presque aussi mauvaise que le pavé d’EL James : difficile, dans ce contexte, d’aborder un roman qui mélange noirceur et érotisme sans redouter le pire. Bon, pas tout à fait le pire du pire car Thierry Desaules écrit bien, et l’a déjà prouvé avec ses précédents romans et essais (dont le très bon Indochine – L’ombre des mots).

Le pitch de son nouveau roman semble très simple aux premières pages : Milton se lance sur les traces de son jumeau, Alexandre, retrouvé pendu chez lui sans raison apparente, sans explications. Au fur et à mesure de l’enquête, on tombe dans l’horreur grandeur nature. D’une série de recherches menées par Milton (un type un peu perché : son ami imaginaire et ange gardien n’est autre que Louis II de Bavière), on arrive au cœur de l’immondice qui rampe en Europe – le néo-nazisme. Et là, on arrête de plaisanter sur le charisme d’une représentante qui nous fait haïr le bleu marine, et on ne plaisante plus du tout. Car, même si on espère que l’auteur a volontairement appuyé son trait et ses descriptions de groupes de fachos, la réalité puante est là, autour de nous, tapie sous une pseudo-liberté d’expression et d’opinion. Thierry évite les clichés et nous balade avec une violence à laquelle on ne s’attendait pas au début du livre. Et ça glace le sang, car cette lie là n’a rien à voir avec l’homophobie mainstream qui envahit l’espace de pensée. C’est bien au-delà, c’est la xénophobie à l’état le plus gerbant, c’est la peste au cœur même de l’Europe.

En dehors de cet aspect idéologique, presque politique, Thierry Desaules arrive à écrire un roman mettant en scène deux hommes en couple, deux hommes qui se débattent avec la maladie, sans tomber dans le lourdingue. Oui ils baisent (les autres, hétéros ou bi aussi, d’ailleurs) de manière explicite et sans paraboles ; oui ils ont l’honnêteté de vivre sans rien esthétiser (bonjour les sex clubs!), et ça change, un peu de franchise. Thierry Desaules se paye même le très agréable luxe d’un clin d’œil stylistique à Guillaume Dustan, sous le regard d’Hervé Guibert.  Deux fantômes qui planent sur le livre et dans l’univers de l’auteur avec bienveillance.

Le roman de Thierry Desaules flirte avec le gothique, mais un gothique intelligemment moderne. La mort, le sexe, l’amour, la violence, le surnaturel rôdent dans un contexte actuel et réaliste, quotidien. Adieu tombes, pleine lune et déguisements en simili-cuir. Une bande son bien rock et  t-shirt Alexander McQueen font très bien l’affaire. Pas besoin de surjouer quand on est bon !

 

 

A l’heure où nos Fantômes rampent sur l’Ile aux Roses de Thierry Desaules. Editions NumérikLivres. 2013. 

 

 

 Crédit photo :  numeriklire.net