Maison indépendante

A PROPOS DE « J’AI MIS 9 ANS À NE PAS TERMINER », DE FRÉDÉRIC DANOS.

 

 

 | René Gilbert |

 

 

Ne pas terminer, c’est continuer.

« J’ai commencé un documentaire en 2002. J’ai changé trois ou quatre fois de sujets. En 2010, je me suis dit que montrer un ensemble de séquences en les complétant par le récit en direct de ce qui manque était un moyen de faire un film. »

Ainsi Frédéric Danos formule-t-il son introduction à J’ai mis 9 ans à ne pas terminer, présenté lors de la dernière édition du festival Côté court de Pantin en juin 2013. Pour ma part, malgré le grand plaisir que j’ai eu lors de cette heure passée en sa compagnie, je ne dirais pas qu’il a fait « un film ». Disons plutôt qu’il s’agit d’un objet hybride, à mi chemin entre le film et la performance. Mais ne nous attardons pas plus longtemps à tenter de faire rentrer J’ai mis 9 ans à ne pas terminer dans une case puisque, précisément, c’est au décloisonnement que nous invite Frédéric Danos.

 

Si l’objet final n’est pas un film, c’est justement pour nous faire prendre conscience de ce qui se joue entre le temps d’un film et le temps de la vie. Le temps d’un film est un moment clos, fini, fixé, figé. Le temps de la vie est au contraire ouvert, infini, mouvant. C’est aussi les temps de la vie qui s’entrelacent et se rencontrent, les temps de la lutte, de l’engagement, de l’histoire, de la famille, de l’amour… infiniment multiples et traversés, toujours, par la création, donc le temps du film, des films, qui sont autant d’objet précipitant un fragment de chacune de ces existences simultanées, parallèles, et nous permettent de nous y attarder.

Ces deux temps que réunit Frédéric Danos incarnent l’assemblage vivant de ces moments, leur mise en perspective, dans un aller retour incessant entre la création exposée et la présence au monde. Avec pour fil conducteur, le questionnement permanent, tour à tour esthétique et existentiel, et souvent d’ailleurs, les deux à la fois. J’ai mis 9 ans à ne pas terminer est avant tout une invitation. Une proposition hybride dont le but, s’il en faut un, est de nous faire réaliser que l’on fait toujours avec ce que l’on est, et que l’on est jamais que ce que l’on fait. L’important n’est pas de terminer, bien au contraire, mais d’entretenir ce pont entre l’art et la vie qui rendent l’un comme l’autre infiniment plus riches. Alors, même si l’on aura seulement parcouru le chemin, au moins aura-t-il été beau et enchanté. En espérant toutefois qu’il puisse être montré et en ce sens, raconté.

 

 

Crédit Photo : Côté Court / Programmation.