Maison indépendante

THE STONES KEEP ROLLING… ET TOUJOURS À HYDE PARK. [INTEGRALITÉ]

 

 

Pierre Kieken |

 

 

« Mec, tu vas voir les Rolling Stones ! »

C’est ma conscience qui me parle. Mais je suis encore trop à côté de mes pompes pour réaliser.

« Je les ai déjà vus ! », je pourrais répondre, mais ça serait une énorme connerie. Qui peut se vanter de vivre une telle expérience, aujourd’hui ?

Il y a des gens qui seront là ce soir et qui ont déjà vu les Stones plus d’une centaine de fois, mais moi, je n’ai pas soixante-cinq balais. Et j’imagine aussi bien que le type sur le point d’assister à son énième concert cultive la même impatience. Car c’est une expérience qui a le parfum de l’inédit, de l’inattendu, et où l’on se sent particulièrement privilégié. C’est qu’à 95 GBP minimum, la place, le plaisir aurait presque l’odeur du luxe. On est loin du concert gratuit, à Hyde Park, en 1969… 

On est aujourd’hui le 13 juillet 2013, et c’est justement là-bas, à Hyde Park, que je vais voir les Stones. 44 ans et 8 jours, très exactement, après leur premier (et unique !) passage dans le célébrissime parc londonien. Quelques jours plus tôt, Brian Jones venait de passer l’arme à gauche dans sa piscine, et Mick Taylor était catapulté lead guitariste du plus grand groupe de rock du monde. Être intronisé devant plus de 200 000 personnes… peu nombreux sont les musiciens pouvant se vanter d’un tel dépucelage.

A présent, on réécrit l’histoire pour les nouvelles générations. Le monde a changé depuis les années 1960, l’ambiance n’est plus la même. Il n’y a plus de parfum de contestation. Cette sensation que la face du monde est susceptible d’être bouleversée du jour au lendemain s’est évanouie. C’est aussi parce que la musique et la façon de la consommer s’est altérée. Mais qui en a quelque chose à foutre ? Aller à un concert des Stones, à Londres, c’est la grand-messe. Une sorte de communion insensée… C’est comme poser le pied en Terre Sainte (pour un mec épris de foi religieuse). C’est Jérusalem. C’est la Mecque. Même sans en avoir conscience immédiatement, on se rend compte qu’on se retrouve dans une ville où une page de l’histoire de la musique a été écrite quelques 50 années plus tôt. Et dans un style qui, aujourd’hui encore, en fait rêver des millions. 

Je prends conscience de tout ça une fois sur place, vers 9h30. A peine débarqué, je suis déjà dans le Tube, un peu fébrile de savoir que d’ici une petite demi-heure je serais à Hyde Park. Dans le métro, je commence à réaliser que je suis dans la bonne direction quand je vois, ici et là, des T-shirts à l’effigie des Stones. Les gens ont des looks complètement délirants. Vestes en jean ou en cuir, pleines de pin’s, de blasons, de décorations et autres signes distinctifs. Des symboles anarchistes. Des inscriptions qui indiquent : ROCK. Je ne serais pas étonné qu’un type ait les quatre membres du groupe tatoués sur le corps. Je me détaille du regard et me dis qu’avec mon pantalon noir, mes Converse et ma chemise grise unie tout à fait banale, je suis loin du compte. Je n’ai pas le look, mais j’ai l’attitude. Du moins j’espère.

Je finis par émerger du métro à la station Marble Arch et là, je suis assailli par une vague de chaleur hors du commun. C’est la canicule. J’ai l’impression d’être en Espagne ou dans un de ces pays où ça tape toute l’année. Pourtant je suis bien à Londres, certes au mois de juillet, mais à Londres tout de même. Il n’est que 10h du mat’ et il doit déjà faire dans les 30°C… A croire que les Dieux du Rock ont posé un regard bienveillant sur cette journée, comme pour la rendre définitive.  Je marche lentement, mais cuis sur place et ma chemise claire vire au foncé. J’avance. Je suis là tôt, pour être au cœur de l’action, et je compte bien m’y tenir.

Une fois dans Hyde Park, je constate que je ne suis pas le seul à avoir eu cette idée. En même temps, qu’est-ce que je m’imaginais ? Que j’allais arriver les mains dans les poches, et me retrouver à la tête de la file d’attente.  Je vais dans cette direction et je me sens déjà mal tellement ça cogne. J’ai mon putain de sac à dos qui pèse cinq tonnes et commence à endurer toute la difficulté de tenir la distance. Je décide de faire le tour du site du concert, histoire de voir ce qu’il s’y passe.

Une heure s’envole avant que les grilles s’ouvrent. Je vois des personnes se précipiter comme des déments sur les vigiles. On se croirait dans ces films d’horreur dans lesquels une horde de zombies fonce après une bande de pauvres malheureux. Je me dirige tranquillement vers l’entrée, mon billet près du cœur et j’avance vers les barrières de sécurité. Le vigile me laisse rentrer sans problème après m’avoir lancé, avec le sourire : « Have a nice day, mate ! » J’entre enfin sur le site du festival.

On dirait une ville miniature. C’est une débauche de bars en plein air. Il y a carrément des restaurants, avec terrasses et parasols, où les gens se tapent des fish & chips avec une bonne bière. Puis il y a des stands en tous genres, marchandising et ventes de T-shirts. Et le clou du spectacle, une quantité invraisemblable d’activités. Des jeux, de la pêche aux canards au tir à la carabine. On se croirait dans une fête foraine avec des scènes de concerts. Il y a même en plein milieu un immense manège, avec des sièges volants. Du délire. Mais tout ça n’a pour moi aucun intérêt. Je ne suis pas venu ici pour faire mumuse et me gaver de bouffe. Maintenant que je suis sur place, ma seule idée et de foncer vers la scène pour avoir encore la chance d’être à une distance raisonnable.

J’arrive sur les lieux, déjà bien occupés, et me cherche une place convaincante, pas trop loin et – pour l’instant – aérée. Je finis par repérer un endroit plutôt stratégique et m’y installe avant de constater que je suis entouré de français. Du fan ultime au mec qui a l’air de débarquer de sa province. Je m’assieds et réalise que j’ai sept heures à poireauter. Sept heures, assis, seul, sous le soleil. L’apprentissage du zazen. Il m’est impossible de bouger, ne serait-ce que pour pisser. Je suis venu jusqu’ici en solo et n’ai aucune intention de me faire taper ma place. Premier arrivé, premier servi. Je suis à une cinquante mètres de la scène – ce qui reste raisonnable – et à une quinzaine de mètre de la fin du catwalk – ce qui est tout simplement grandiose. Je sais désormais que je pourrai voir Les Dieux du Rock de près.

J’ai donc pris mon mal en patience. J’ai regardé le défilé de t-shirts des Stones qui allait et venait avec des bières, des hot dogs, des hamburgers, des Cocas, des bouteilles d’eau glacée, et d’autres choses plus délicieuses encore pendant que je sirotais au goutte à goutte ma  flotte tiédasse. J’écoutais d’une oreille distraite les groupes qui ouvraient pour les Stones. Du groupe de soul qui n’a rien inventé à la bande de folkeux un brin rasoir, en passant par une espèce d’électro-pop mièvre, rien de très intéressant. Après une petite sieste, j’observe les gens. Je vois un père et son fils qui discutent, planqués sous des parapluies qu’ils utilisent comme des ombrelles. J’imagine qu’ils ont dû passer des heures à écouter les Stones ensemble et, qu’aujourd’hui, l’heure est venue de vivre un moment à deux. Il y a des gros beaufs de français, aussi, qu’on imaginerait plus facilement dans un concert de Johnny, gueulant à qui veut qu’il serait bon de se lever pour faire de la place. Surtout qu’ils aillent bien se faire foutre. Sur ma droite, il y a ce type qui pourrait être le sosie de Keith Richards. Il a la même coupe de cheveux en bataille, retenue par un bandana, et porte le même bracelet menottes et la même bague tête de mort. Il y a également des bandes de potes qui viennent pour s’amuser. Ou des couples qui dorment dans l’herbe. Tous ces gens, tous ces visages, jeunes ou vieux, frais ou abîmés, ne sont animés que par une seule et même envie : voir les Stones sur scène à Hyde Park dans quelques heures… C’est une sensation tout à fait singulière.

Quand je regarde ma montre pour la énième fois de la journée, il est 19h15. Soudain tout le monde se lève. J’ai à peine le temps de m’étirer pour me désengourdir le corps que je suis aspiré dans un mouvement de foule qui a l’avantage de me faire gagner une vingtaine de mètres. Il reste 45 minutes avant le début du concert et même si je suis déjà sur les rotules,  le plus dur est fait.

Autour de moi, l’excitation devient palpable. Noyé au milieu de 65.000 personnes, l’attente est insoutenable. J’entends des« Hou, hou…hou, hou… » qui retentissent. Le fameux « hou, hou » de Sympathy for the Devil. Ça me tape sur les nerfs, mais j’accepte. Sur la scène, les roadies s’affèrent à tout préparer. Ils sont sur le pied de guerre. Ça s’agite autour des guitares, des claviers, de la batterie ; ça colle des setlists un peu partout, ça fait des tests sons. Il y a même une nana qui se balade avec du gaffer pour coller des repères un peu partout !

Je suis entouré à ma gauche d’un vieil allemand arborant fièrement un t-shirt à l’effigie de Keith Richards, et tenant sa femme, devant lui, par l’épaule. A ma droite, un couple d’anglais, propres sur eux. A en juger par ce que le mari dit à sa femme, il a attendu ce moment toute sa vie. Pourtant, sa tenue – pantalon blanc, chemise blanche et panama – ne donne pas cette impression. Je le verrais plutôt débarquer de son hors-bord et filer au golf, avant d’aller fumer un bon Havane au Country Club. Sa bourgeoise, quant à elle, a l’air de débarquer. Et pour rien arranger à l’affaire, je me prends quatre ou cinq fois son matricule sur les parties, parce qu’elle n’a pas l’air de vouloir plier les genoux quand qu’elle trifouille son sac.

Dans la foule, des hurlements commencent à surgir, ici et là. L’impatience et l’exultation deviennent maximales… L’impression qui se dégage est celle de 65 000 personnes qui retiennent subitement leur souffle – Ô temps suspend ton vol. L’écran géant s’éteint et des tambours se font entendre. Derrière la batterie, j’aperçois l’accès par lequel les Stones vont faire leur entrée dans quelques secondes. Les tambours se font plus insistants, plus forts, plus précis et s’arrêtent nets pour laisser une voix nous annoncer :

« Ladies and gentlemen, will you welcome back to Hyde ParkThe Rolling Stones !!! » 

Et ça y est, chacun des Stones entre sur scène. La foule exulte et manifeste sa joie devant ce moment tant attendu.

Charlie Watts s’installe à sa batterie, égal à lui-même. L’élégance incarnée. Doyen du groupe du haut de ses 72 ans, c’est la force tranquille qui se prépare à donner les pulsations essentielles de la musique pendant plus de deux heures.

Puis Ronnie Wood et Keith Richards prennent place, respectivement à droite et à gauche de la scène. Guitares en mains, ils s’apprêtent à fusiller le public de leurs riffs et de leurs incomparables entrelacs de guitare.

Pour finir, Mick Jagger, le roi du Rock arrive à l’avant-scène, filiforme, à presque 70 ans. Tout de noir vêtu, il est la toute puissance incarnée. Physique et vocale. Charismatique. J’ai lu quelque part que le pote d’un journaliste du New Yorker avait dit : « dans le domaine des êtres humains, Mick Jagger est n ° 1. » On peut difficilement le contredire.

Ils sont maintenant sur scène, ces quatre individus, au-delà de l’humain, au-delà du génie, et qui totalisent à eux quatre, 276 années de Rock’n’Roll.

Un regard en coin, un geste, et Keith Richards balance le riff d’intro de Start Me Up pour chauffer la foule. Il foire les premières notes avec un sourire qui en dit long et les gens se regardent, s’interrogent. Il avait déjà fait la même chose, une semaine plus tôt, ici même au premier concert à Hyde Park, et, forcément, on se demande s’il le fait exprès.

Mais très rapidement, ça n’a plus aucune importance. Tout simplement parce que les Stones sont sur scène et qu’ils sonnent comme s’ils avaient 30 ans. Ils donnent tout ce qu’ils ont et c’est tout simplement prodigieux. Start Me Up se termine et Jagger a à peine le temps d’un « Thank you, thank you very much ! How you doing ?!  » que Keith lui coupe la chique d’un coup de guitare pour balancer It’s Only Rock’n’Roll.Et tout le monde, dans le public, reprend d’une même voix quand vient le refrain « I know, it’s only Rock’n’Roll but I like it ! » Ce n’est peut-être que du Rock’n’Roll, mais putain qu’est-ce qu’on aime ça !! Bilan au deuxième morceau : Jagger est déjà en feu. Richards et Wood donnent tout ce qu’ils ont. Quand Keith monte à l’avant-scène pour son premier solo, tout le monde se met à hurler ! Jagger qui nous gratifie d’un« Fantastic to see you guys in London, Hyde Park ! » Et ils enchaînent maintenant avec Tumbling Dice. Après ce classique, pour la première fois en Europe, les Stones jouentEmotionnal Rescue. Titre génial d’un de leur album douteux des années 80. Jagger y chante d’une voix de fausset impensable pour un homme de son âge. Il suffirait de fermer les yeux pour être persuadé que c’est un petit gars de 25/30 ans qui envoie la sauce, depuis la scène.

Viennent, alors, successivement Street Fighting Man et Ruby Tuesday. Deux de leurs plus gros hits de la fin des années 60. Les pavés de la révolte avec la première chanson, et l’amour nostalgique avec la seconde. De là où je me trouve, je suis scié de voir la facilité qu’ils ont de passer d’une chanson à l’autre. Des accords rageurs aux mélodies douces et enlevées.

Après cette immersion dans le passé, Jagger attaque les premiers accords de Doom & Gloom. Avec décontraction. Preuve qu’à 70 balais, ils sont encore capables d’écrire des hits qui claquent.

Entre deux chansons, Jagger sort de scène deux minutes et revient habillé d’un kimono blanc, clin d’œil à la robe qu’il portait 44 ans plus tôt. C’est ainsi vêtu que les Stones attaquent Paint It Black, autre brûlot génialissime des sixties. C’est déjà le huitième morceau et les Stones sont toujours concentrés, efficaces et incisifs. Ils poursuivent leur set avecHonky Tonk Women et son riff d’intro reconnaissable entre tous. Preuve supplémentaire, si besoin était, que Keith Richards est le génie de la six cordes.

A la fin du morceau, il n’y a plus que Jagger sur scène. Il présente les musiciens qui sont là, ce soir, pour nous montrer que la musique peut toujours atteindre des sommets insoupçonnés.

« Lisa Fischer ! Bernard Fowler ! Tim Ries ! Bobby Keys ! Darryl Jones ! Chuck Leavell ! You can’t see the wood for the trees, Mr RONNIE WOOD, on ! And from the far North of London, somewhere in Wembley, Mr CHARLIE WATTS ! And…On guitars and now on vocals KEITH RICHARDS »

C’est maintenant au tour de Keith de prendre possession de la scène. « Hello London ! It’s taking a while but we got back ! » nous dit-il avec cet air espiègle qui le caractérise. L’air de celui qui a tout vu, tout fait, tout vécu. L’air d’un homme qui a vécu dix vies.

Pierre de Beauport apporte une guitare acoustique et Keith se lance dans une version de You Got The Silver à vous faire pleurer toutes les larmes de votre corps. Une telle émotion est presque impensable. Le chant de Keith, la slide de Ronnie, tout, dans cette version, concourt à sa réussite.

On a à peine le temps de redescendre qu’il nous lance « Let’s get HAPPY! » et qu’il attaque la chanson du même nom. Et effectivement, mission accomplie, ce soir Keith Richards et les Stones nous rendent heureux.

Au retour de Jagger sur scène, c’est la débauche de tubes qui s’abat sur nous et ça commence par Miss You, et sentir 65 000 personnes qui dansent et qui chantent, est une expérience indescriptible. Et quand Jagger nous fait tous chanter « Ouhouhouhouh ouhouhouhouh ouhouh ouhouh », ça vire à l’indicible. La chanson se conclut par un solo de basse de Darryl Jones, puis de sax de Bobby Keys. Et ça continue comme ça, jusqu’à la fin du morceau et c’est un sentiment orgiaque qui prend possession de la foule.

J’ai l’impression de faire un catalogue de ressentis et de chansons, mais c’est plus que ça. Un concert des Stones, c’est la sensation d’être transporté vers quelque chose d’autre. Vers un ailleurs. Les vibrations sont tellement fortes, qu’il est bien possible qu’on ne touche plus terre, sans s’en rendre compte.

Mick Taylor débarque en méga guest star, 44 ans après son premier concert avec les Stones et ces derniers passent de 4 à 5 pour nous balancer Midnight Rambler en pleine poire. Le sentiment soudain d’être en 1972, à la grande époque, et voir les joutes musicales entre Jagger à l’harmonica et Taylor à la guitare est, ni plus ni moins, un voyage dans le passé, à la grande époque du groupe. Plus de dix minutes de blues crasseux et lascif.   

Sans transition et, pour rester dans le ton, c’est maintenant au tour de Gimme Shelter. Et, enfin, le plaisir de voir Lisa Fischer chanter. Le duo donne tout son sens à la chanson, en live, aujourd’hui, en 2013. Les voir, tous les deux, au bout du catwalk, collé serré, dans une communion intime et enflammé. C’est une claque définitive, et on ne serait pas étonnés de voir le concert se terminer sur cette chanson.

Il n’en est rien…

Jagger continue de nous demander si tout va bien, comme s’il pouvait en aller autrement. Et bam, c’est avec Jumpin’ Jack Flash que les Stones nous prennent à la gorge. Aucun répit. C’est la débauche sonore. Les guitares sont acérées, la voix de Jagger est d’une précision monumentale. Rien ne peut altérer cette alchimie qui les anime. Ceux qui osent dire que les Stones sont finis depuis 1972 sont des cons.

A présent, la foule se met à entonner les « Ouh ouh, ouh ouh » de Sympathy for the Devil. Jagger revient sur scène avec une longue fourrure noire et débite ses couplets sur les faits d’armes du diable avec une décontraction totale, pendant que Keith et Ronnie discutent à coups de solos – eux aussi – endiablés.          

Puis intervient Brown Sugar, Messieurs Dames, excusez du peu. Le titre phare de Sticky Fingers. Jagger chante et danse d’un bout à l’autre de la scène, Richards pilonne le riff sur Miwcaber, sa Telecaster légendaire, et Bobby Keys enflamme le tout de ses solos de sax. Je me déhanche, je chante, je lève les bras, je lévite.

Et la chanson prend fin. Tous les musiciens sortent de scène. Sauf Watts, Wood, Richards et Jagger, qui nous lance : « You’ve been a fantastic audience ! This is the last show of this tour. We want to thank you for coming to see us for all these years, we really appreciate, thank you so much. » Non, Mick, c’est nous qui te remercions.

Deux chœurs entrent en scène, et You Can’t Always Get What You Want se fait entendre. C’est la première tournée sur laquelle les Stones font cette chanson avec des chœurs. Unique.  

Enfin, le feu d’artifice final, au sens propre comme au figuré.Satisfaction. Quelques huit minutes d’explosion rock. Les Stones donnent tout ce qu’ils leur restent d’énergie et d’impulsion. Et ils nous donnent entière satisfaction. La satisfaction d’avoir passé deux heures complètement hors du temps, à vivre un moment unique et incomparable. D’avoir pris une claque dans la gueule, en bonne et due forme. D’avoir passé un moment qui, à n’en pas douter, s’inscrira dans l’histoire du groupe et de la musique. Le retour des Stones à Hyde Park.

La chanson se termine et les Stones saluent, tous ensemble – avec Mick Taylor. Nous sommes 65 000 à hurler, dans l’espoir d’une prolongation.  

A présent, la fête est bel et bien finie, je marche comme un canard boiteux vers la sortie et je me prépare à crapahuter pendant des plombes pour retrouver mon hôtel. Mais ça, tout le monde s’en fout. Et moi le premier. Parce que, après un tel concert, en définitive, rien n’a la moindre importance. Et, tant que les Stones continueront de rouler, ça roulera pour nous…