Maison indépendante

« RANDOM ACCESS MEMORIES » DE DAFT PUNK : HOW TO FORGET TO USE YOUR BRAIN.

 

 

Monsieur Achille |

 

 

Voilà qui est fait. Le nouvel album de Daft Punk est chez les disquaires. Il aura suffi de quelques fuites « très bien huilées », pour que déjà, la soupe aux critiques soit servie… Quand on y réfléchit, c’était plutôt hilarant. Comment a-t-on pu donner sa foutue opinion sur un album dont on n’a, pour un temps seulement, connu des chansons que les premières secondes ? Il faut bien l’avouer, tels sont les grands mystères d’Internet (un peu comme l’engouement des russes pour Patricia Kaas). C’est donc à mon tour, à présent, de m’adonner aux joies idiotes de l’avis tranché. Oui, à mon tour d’y aller franchement après une écoute en boucle pendant trois jours, deux nuits, et une folle envie d’en saisir la portée. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce papier ne propose pas une (énième) critique de l’album – à vrai dire, on s’en fout un peu – mais plutôt une critique de la critique.

Et déjà, une première question s’impose : qu’est-ce que la musique électronique ? Pour la grande majorité des journalistes, cela ressemble visiblement à un gros kick, des caisses claires et pétantes, des sons bizarroïdes et un nombre incalculable de basses. Certes, les mauvaises langues diront que Daft Punk a déjà fait ça… mais brailler sans pondération que ce dernier album n’a « rien d’électronique » relève d’un tout autre combat : celui de prendre les musiciens pour des cons. Il y a dans cette remarque, en vérité, assez de niaiseries pour s’attacher aux arbres par la seule élasticité de ses boyaux. Pour rappel, un synthétiseur modulaire « Moog » est un instrument électronique, un clavier « Nord Lead » est un instrument électronique et un « vocoder » (une batterie retraitée en temps réel) est aussi un instrument électronique. Si l’on fait abstraction de la seule guitare de l’album (et je fais le pari qu’elle est à la fois samplée et bouclée), TOUT ICI EST ÉLECTRONIQUE.

Ainsi faut-il rejeter l’amalgame qui consiste à crétiniser toute entreprise musicale associant un style de musique à des instruments familiers. Si l’album contient des riffs de funk, des balades douces et des morceaux pêchus, cela n’a plus rien à voir avec ce que les deux versaillais produisaient il y a dix ans. Je les soupçonne même d’avoir voulu enterrer l’étiquette « Daft Punk », quitte à se planter complètement. N’oublions tout de même pas qu’ils ont été les précurseurs de la French Touch, et que pour cette raison, il paraît légitime de se demander  les finalités pour lesquelles ils auraient décidé, dix ans plus tard, de se parodier eux-mêmes. C’est un peu comme si Marc Lévy se mettait à écrire les mêmes histoires indéfiniment… Oh wait.

Alors pour le dire sans détour, cet album est novateur, puissant, riche et incroyablement surprenant. Ce pourrait même être, sans exagérer, l’enfant spirituel d’Herbie Hancock : utiliser la technologie actuelle jusqu’au bout musicalement (en refusant aussi bien les grosses basses qu’une « wobble » bizarroïde) est un parti-pris, qu’on se le dise, tout à fait unique. Une chose que montre à merveille le morceau Giorgio by Morode, lequel est composé par une ligne de « Minimoog » démentielle, en plus d’un solo de Nord habité d’une progression encore inexplorée par la musique commerciale.

Ecouter l’album demande, en ce sens, de se déboucher les oreilles en profondeur. Et si malgré ça rien ne vient, je vous invite à aller dans un conservatoire afin de vous sortir les doigts de votre fondement, ou plus modestement de chiader des arguments autres que « Ah ! C’est pas du Daft Punk », « Ah ! C’est pas original », ou encore « Ah ! C’est pas de la musique électronique »… Sans quoi, je vous le dis, je n’aurai pas d’autres choix que de vous laver la gueule à coup de poings.