Maison indépendante

LE PRINTEMPS À PARIS.

 

 

Fran Martinez |

 

 

cannes, c’est rempli de pédérastes. à tous les coins de rue, plein partout ; pire qu’à madrid où ils sont déjà un paquet. j’ai préféré ne pas y mettre les pieds. je suis resté à paris, trop occupé à développer the dl revue ; des mois entiers que je porte le projet à bout de bras, que je ne dors plus, pendant que d’autres posent, la main précieuse et l’air supérieur, à la terrasse du martinez. je suis resté à paris donc, et j’ai rencontré ce type, Godefroy – c’est lui qui m’a parlé de cannes et des pédérastes. surtout des pédérastes. et très peu de cannes finalement, parce qu’il n’y avait jamais foutu les pieds.

physiquement, cortázar c’est un peu gabin, et cassel aussi, père ou fils. personne ne parle de paris au printemps aussi bien que julio cortázar. henry miller peut-être. en tout cas, pas un français, même parmi les meilleurs d’entre nous, ne parlent mieux de paris au printemps que cortazar et miller. le mythe de l’écrivain expatrié, c’est la figure de l’écrivain que je retiens. s’échapper des gros titres de la presse parisienne pour écrire un grand roman français ? voilà une question. houellebecq « l’irlandais » y a répondu en partie, avant de regagner la closerie des lilas. on peut l’apercevoir déambuler dans le quartier, lui et son pantalon en velours, même quand il fait lourd. je ne dis pas « beau » ou « chaud », je dis « lourd », parce que le printemps parisien, ce n’est plus comme dans rayuela ; ce n’est même plus comme en 68.

la nostalgie ça touche parfois les masses, quand les masses semblent vivre dans la certitude de leurs convictions. comme godefroy. un autre étudiant, un turc, m’a demandé l’autre jour de préciser la nature de mon engagement envers la france. « vaste programme » ai-je répondu. il n’était à paris que depuis un semestre et demi, et semblait déjà se poser des questions fondamentales. il semblait dire que les français ne se posaient jamais les bonnes questions, que nous étions encore influents, quand-même, que notre soft power, même annoncé comme étant sur le déclin depuis des dizaines d’années, n’était pas mort, loin de là, mais que, putain, nous manquions cruellement de recul.

alors j’ai collé mon poing dans la gueule de godefroy. il a vacillé le connard, pour finir la tête entre les pieds du tabouret, le cul en l’air. « c’est drôle », disait le turc en regardant godefroy giser sur le sol, « à chaque fois que la gauche est au pouvoir chez vous, on dirait qu’une vieille france, que l’on croyait disparue, émerge à nouveau ». en fin de compte, le vrai débat sur l’identité nationale serait, selon lui, le suivant : les français résistants ou collaborateurs ?

un printemps pourri.