Maison indépendante

« JODOROWSKY’S DUNE » DE F.PAVICH : CHRONIQUE D’UN NAUFRAGE… ET PORTRAIT D’UN EMPEREUR.

 

 

 | René Gilbert |

 

 

Jodorowsky’s Dune, le documentaire de Frank Pavich, est un peu le Lost in la Mancha de la science fiction. Tout comme l’adaptation de Cervantes par Terry Gilliam, celle d’Herbert par Alejandro Jodorowsky n’aura jamais vu le jour. Et pourtant, le film s’attèle à démontrer l’impact qu’elle a eu sur le genre, en retraçant la généalogie de ce projet fou (porté par un artiste-cinéaste chilien[1] connu pour El Topo et La Montagne sacrée) qui ne passera jamais les barrières d’Hollywood, malgré un casting démentiel (avec en tête, Salvador Dali, mais également Mick Jagger ou encore Orson Welles).

En convoquant des images de Star WarsAlien, et d’autres classiques du genre – et en les confrontant aux épreuves, esquisses et autres story-boards réalisés par l’équipe du réalisateur (dont le travail sera plus ou moins récupéré par les studios pour concevoir les films précités) – le film parvient à soutenir sa thèse de façon éclatante. Jodorowsky’s Dune ravira en cela les adeptes de la science fiction, mais pas seulement… Ce qui élève le film au-dessus d’une banale « chronique sur l’échec » rest encore le portrait de l’homme dessiné en creux, bien derrière celui de son projet avorté.

Un homme aux ambitions folles, animé notamment par celle d’ouvrir les esprits, de réaliser un film-prophète. Un homme accordant une valeur immense à l’humain, considérant ses collaborateurs comme autant de guerriers qu’il emmènerait au combat. Un homme qui même après le refus des studios, fait le choix de la vie en la donnant à son projet sous une forme autre que celle qui lui a été refusée. Un homme, enfin, dont on aurait beaucoup aimé voir le Dune, mais dont on décourira prochainement le dernier film en salle (mais c’est une autre histoire).

 

 

[1] Soutenu par un producteur français, Michel Seydoux.