Maison indépendante

« APRES BERGMAN, LA RELÈVE EST PRÊTE ». [CANNES 2013]

 

 

Entretien avec Ingrid Rudefors

réalisé par Claire Allouche et Sébastien Thibault

 

 

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient encore, le Festival de Cannes n’est pas qu’un paillasson rouge changé trois fois par jour. C’est aussi un marché juteux dans lequel le monde entier, ou presque, tente de promouvoir le cinéma de son pays. Après avoir trusté l’industrie du porno dans les années 1980 (en nous faisant croire que toutes les suédoises étaient blondes, par définition), nous avons décidé d’interviewer la première brune suédoise qui nous tomberait dessus. Or manque de chance, elle était blonde…et n’avait que cinq minutes à nous accorder. Comme quoi, la double peine existe encore.

 

 

Votre stand est petit mais cosy, et en plus, la terrasse donne sur le vieux port. N’est-ce pas la représentation même du bonheur suédois ?

Oh non ! Nous n’aimons que ce qui brille. Regardez mes cheveux ! (rires)

Ah oui en effet… alors dîtes-nous, qui êtes-vous et quelle est votre fonction ?

Je suis Ingrid Rudefors et je travaille en tant que Commissaire à la cinématographie (« Film Commissioner ») pour la région de Stockholm. Nous sommes au total trois Commissaires pour représenter la Suède.

En quoi consiste votre rôle ?

Faire la promotion des films que nous soutenons en faisant le lien entre les réalisateurs, les producteurs et les distributeurs. C’est du moins la partie la plus visible de l’iceberg, et aussi la plus facile à décrire en quelques mots.

Combien de films suédois sont à Cannes cette année ?

Nous avons un court-métrage en compétition, Tack För Senast, mais beaucoup de longs-métrages essaient de se vendre au marché du film.

Combien sont déjà achetés ?

C’est une bonne question à laquelle je répondrai dimanche 26 mai, si vous revenez me voir.

Alors peut-être une autre bonne question : comment se porte le cinéma suédois depuis la mort de Bergman ?

Ah ! C’était un homme très vieux, il a fait son temps. Nous sommes tous très fiers de lui, bien sûr, mais nous avons désormais de jeunes réalisateurs prêts à prendre la relève.

Le deuil est fini ?

Absolument. De très bons réalisateurs valent aujourd’hui la peine de représenter la Suède sur la scène internationale. Le futur est déjà là !

Qui appréciez-vous particulièrement ?

Thomas Alfredson. Je trouve que son film de vampires sorti en 2008, Let the right one in, est juste incroyable. Il en a fait une œuvre si humaine, si complexe, très loin du film de genre bête et méchant. C’est vraiment renversant. Un très bon film suédois.

Qu’est-ce qu’un film suédois ?

En général ce sont des films sur les classes moyennes, des films plutôt réalistes traitant de problèmes quotidiens.

Et quel est, d’après vous, le réalisateur international, non suédois, dont l’œuvre s’avère en ce sens la plus suédoise ?

Là immédiatement je n’en vois pas, mais je vais réfléchir.

Sinon en France, cette année, deux documentaires suédois ont été découverts :Sugar Man et The Blackpower Mixtape. S’ils ont été largement salués par la critique, leur sujet ne porte pas sur la Suède. Pourquoi les distributeurs français refusent que l’on voit des images suédoises issues de films suédois ?

Ce sont des documentaires, comme vous l’avez dit, et ils sont très bien. Nous sommes devenus très bons dans les documentaires ces dernières années. Mais ces réalisateurs-là ont tendance à voyager. C’est comme ça que Malik Bendjelloul, qui a réalisé Sugar Man, a trouvé l’idée du film. Et j’imagine facilement – pour répondre à votre question – que les documentaires sur les États-Unis, beaucoup plus que sur la Suède, se vendent mieux.

Y’a-t-il beaucoup de documentaires suédois sur la Suède ?

Oui, il y en a mais, étant principalement portés sur les enjeux sociaux, ils n’intéressent qu’un public national ou scandinave.

Quel est le film le plus excentrique que le Svenka Filminstitutet (« Swedish Film Institute ») ait aidé à voir le jour ?

Eh bien je pense toujours – ce n’est que mon avis – que le film de Thomas Alfredson fait vraiment autorité. Il est si bizarre, et en même temps, sa vision très sombre sur la Suède reste profondément humaine et accessible à tous.

Dernière question, puisque vous devez partir : quel est le film français préféré des suédois ?

Je dirais Amélie de Montmartre…

…vous voulez dire Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet ?

Oui, voilà. On l’appelle « Amélie de Montmartre » je crois, mais c’est bien lui.

Et pourquoi ?

Je ne sais pas… quelque chose de très français, de très parisien. Ce fut un énorme succès chez nous !

 

 

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