Maison indépendante

LE DAILY DENISE… À CANNES : UN JOURNAL MYTHOMANE. [EPISODE I, DE FLOTTE ET D’ALCOOL]

 

 

|Denise Tara Lennart Labouche|

 

 

Jour 1

 

Gatsby oh Gatsby! Si tu étais réel, je te demanderais ta main. Toi, héros tourmenté et ténébreux, mystérieux et galant, amoureux et damné, tu sais comment conquérir une femme. Le cinéma ne pourra jamais rendre palpable la magie d’un fantasme. Deviendrais-je un jour cette héroïne incarnée par une jeune comédienne pulpeuse ? Ou bien resterais-je un mythe enfoui dans le cœur de mes conquêtes ?

La pluie perturbe mes projets de coiffure, et de tenue. MERDE. J’aurais été divine en égérie Art Déco, robe noire et blanche, fume-cigarette et coupe à la garçonne. A en faire pâlir les camarades de Léo, qui me snobe en entrant dans la salle. A-t-il oublié qui lui a appris à distinguer des cigares cubains d’un cigare français et à placer correctement un nœud papillon ? Oublié qu’on aurait pu m’appeler Zelda, comme ma mère. Ou mon arrière grande tante. Enfin. Les hommes sont ainsi. Oublieux et inconséquents. Sauf quand ils ont l’accent délicieux de Mr Waltz, qui ne manque jamais de me faire le baisemain quand nous nous croisons. J’en tremble.

Allons, il est temps de noyer la culture dans le champagne ! Buvons, buvons jusqu’à oublier ce monde en crise, où l’on ne sait plus danser le twist, et où les génies se retournent dans leur tombe.

 

Jour 2

 

Je me souviens d’une époque où il faisait beau, à Cannes. Où, derrière des lunettes noires, je prenais mon petit-déjeuner à la terrasse du Martinez, une aspirine dans mon verre de jus d’orange et une Dunhill mentholée à la bouche.

Je n’ai pas le droit de fumer dans ma chambre, il tombe des hallebardes ce matin et je ne retrouve pas mon aspirine. J’espère que Robin Wright a plus mal à la tête que moi, elle n’aurait pas dû me défier au champagne après avoir mis Nicole Kidman KO. Il faut que je m’habille, j’ai des films à voir, MERDE. Les plus intéressants sont encore une fois sur la liste d’un Certain Regard et de la Quinzaine des Réalisateurs. J’attends tout de même avec impatience de découvrir Vénus à la Fourrure, dont je pourrais vous parler longuement, ainsi que de Roman Polanski, dont j’aime beaucoup la femme. Sofia Coppola, elle, me complimente sur mes escarpins à la fin de son film mignon et pétillant. Il y a beaucoup de sérieux dans cette sélection, beaucoup de beauté, aussi, et de tristesse. Reflet d’un temps qui ne croit plus aux bienfaits de la futilité en art.

 

Jour 3

 

C’est en me réveillant vers 19h30 que je découvre la nouvelle : un coup de feu a retenti sur le plateau du Grand Journal… BFM se fout du patrimoine cinématographique français et montre l’image en boucle : DANIEL AUTEUIL S’EST FAIT DESSUS !

Pour oublier pareil outrage, je décide de prendre de la drogue en écoutant ces petits jeunes de C2C abîmer des vinyles et lever les bras en l’air. Gatsby oh Gatsby, tu devrais pas m’laisser la nuit. J’peux pas dormir, j’fais qu’des conneries.

 

 

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