Maison indépendante

L’INSPIRATION EST UNE SALOPE.

 

 

 | François Michel |

 

 

À l’époque où j’écoutais la radio pour me réveiller, il y avait encore sur les ondes ce mange-merde de Stéphane Guillon. C’est pas que je le déteste intégralement, c’est juste que j’avais l’envie d’utiliser ce mot, l’image me plaît, ça fait un peu vieux juron à la française, comme jean-foutre. Et de plus, je suis présentement assis à la terrasse du café des Beaux-Arts à Nîmes, Languedoc-Roussillon, et il y a à côté de moi un gars à la chemise suintante qui s’excite sur celui en face de lui, son gendre je crois, en lui disant précisément d’arrêter, je cite, de « faire le mange-merde ». Et le pire, c’est qu’il dit ça d’un ton presque cordial, comme un conseil. A l’époque de Guillon sur Inter, quand il n’avait pas trouvé l’inspiration pour sa chronique du matin, il partait généralement sur quelque chose du style « Ah c’est dur quand il ne se passe rien en France, je me retrouve sans conneries à débiter », et il dissertait ensuite péniblement sur ce supposé « rien » en essayant de le rendre comique. Toujours la faute au rien, jamais sa faute à soi ou la faute de l’inspiration elle-même, en somme. La muse, fieffée salope comme dirait Brassens, qui se barre avec le facteur quand il ne faudrait pas, reste souvent assez épargnée, on la ménage, persuadé sans doute qu’il ne faut pas la froisser si on veut qu’elle revienne un jour. Aujourd’hui, dans la mesure où j’ai le cerveau vide et que Denise, dans son Manifeste-génial-que-si-tu-l’as-pas-lu-t’es-con, a proclamé, fanfaronne, qu’elle ne voulait pas qu’on se réfugie à tout bout de champ derrière le prétexte futile de l’actualité, je suis doublement dans la merde. J’aurais pu parler du bordel estampillé PSG au Trocadéro, les affrontements de rue sont toujours riches d’un point de vue purement stylistique. Mais passons, autant parler d’inspiration, même si ça revient sans doute un peu à se regarder le nombril, comme quand Houellebecq et BHL décidèrent de contempler leur néant épistolaire en en faisant un bouquin. En fait, l’idée fondamentale c’est que l’inspiration doit être poussée au cul. Jean-Louis Murat, ce bel homme dont on a déjà parlé par métaphores ici, a sur ce point des réflexions plus profondes qu’elles n’y paraissent. A l’occasion de sa chouette nouvelle galette, le bonhomme a notamment déclaré sur un site culturel du groupe Le Figaro qu’il était un « artisan de l’émotion chantée ». C’est très beau. « J’ai hérité ça de ma famille, des paysans auvergnats qui se tuaient à la tâche. Il ne se passe pas une journée sans que je ne prenne pas ma guitare.(…) Si tu bosses tous les jours, cela va très vite 1. » Travailler tous les matins pour besogner la muse, la tuer à la tâche, devancer la muse si on ne veut pas être dix fois cocu ! L’art-travail-artisan a tellement plus de valeur que la supposée volonté divine… C’est bien la preuve s’il en fallait une que l’inspiration est une salope. Pour un peu, elle ressemblerait presque à Denise.

 

 

1 http://www.evene.fr/musique/actualite/jean-louis-murat-je-cours-apres-un-train-que-je-ne-veux-pas-1943596.php

 Celui ou celle qui trouve la référence cachée aux Inconnus dans le papier de Valoche gagne une galoche.

 

 

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