Maison indépendante

JAMIE LIDELL, L’ARTISTE AUX MILLE FACETTES.

 

 

 | Valentine Boivin |

 

 

Il est des artistes que l’on a plus de plaisir à suivre que d’autres. Il est des artistes qui loin de se mettre la presse dans la poche en se faisant désirer telles des divas et en faisant des secrets telles des midinettes (suivez mon regard en direction des dernières fournées de la French Touch…), parviennent encore et toujours à vous surprendre et à se renouveler. Jamie Lidell est de cette race. Son dernier album – le sixième, enfin éponyme – est habité, incarné, incandescent. Pas une chanson ne passe sans que l’on ne puisse reconnaître la patte de l’artiste. Cette voix aussi assurée et envoutante dans les abysses que dans les cimes. Tant et si bien que l’on se demande ce que cet homme ne sait pas faire, s’il a des tendances schizophréniques, s’il est sous drogues pour trouver son inspiration, ou encore si Denise Labouche n’est pas sa muse. Alors, à l’occasion de son concert à la Gaîté Lyrique le 15 mars 2013, il semblait intéressant de discuter avec lui et de trouver des réponses à ces interrogations. Mais une chose est certaine : Monsieur n’est pas épileptique. Jugez-en par vous-même.

 

Quand tout commence

 

Jamie Lidderdale est né en Angleterre il y a de cela trente-neuf ans. Le jeune Jamie, à l’époque, ne faisait pas de vagues : élevé dans un établissement chrétien, diplômé de philosophie à l’université de Bristol, il mène une existence tout ce qu’il y a de plus normal. Puis, au fil des années, son intérêt pour la musique grandit tant et si bien que c’est lorsqu’il s’installe à Berlin que la scène underground lui fait prendre conscience que ce qui était jusqu’ici un violon d’Ingres allait devenir davantage. D’abord un exutoire – défouloir, la musique devient son art, son moyen d’expression privilégié.

 

Ses inspirations

 

Soul-pop. Jazz-funk. Funk-pop. Electro-pop. R&B-funk. Electro-dance. Néo-soul. Trip-hop-électro, et j’en passe. Les critiques musicaux ne peuvent s’empêcher de mettre les artistes dans des cases afin qu’ils répondent à des normes, qu’il soit facile de faire des ponts afin de trouver les grands-parents, parents, enfants et petits-enfants spirituels de l’artiste. Ici, je leur souhaite bien du courage. L’homme est habile et ne nous laisse le temps de se faire une idée de son univers, tant ses inspirations sont diverses. Dès lors que l’on pense avoir découvert son paysage, il brouille à nouveau les pistes avec un synthétiseur tout droit sorti des 80’s, une beat box ou encore un son acide. Il ne cache pas son côté geek. Il aime les machines et la liberté qu’elles lui donnent de pouvoir créer rapidement, seul, quand l’inspiration vient. Les accords soul et funk ont sa faveur, mais ils font ensuite place à la techno, et à une électro « brut de décoffrage » aux résonances robotiques et métalliques.

 

Jamie et l’industrie musicale

 

Qu’on se le dise : dans son art comme dans sa tête, Jamie cherche à être libre. Affranchi d’obligations artistiques, il refuse les contraintes que pourraient lui imposer une importante maison de disques et préfère les labels indépendants. Bien évidemment, il pourrait signer auprès d’une maison plus importante que Warp Records, mais il est des choses que l’on ne monnaye pas. 

Justement, ce refus de la critique ou de conseils entraine parfois des titres si pointus, si perchés, que le public reste sur la bande d’arrêt d’urgence de son autoroute. Difficile de ne pas regarder sa voiture passer, mais difficile aussi de pouvoir l’interpeller pour tenter de monter à son bord.

 

Le nomadisme comme modjo

 

Avoir la bougeotte est-ce une preuve notoire d’instabilité, ou peut être juste, de curiosité ? Tant dans sa musique que géographiquement, l’artiste, amoureux de l’anonymat, voyage. Brouiller les pistes, toujours brouiller les pistes. L’Angleterre, l’Allemagne, les Etats-Unis… Après quelques années passées dans un placard à New-York, il décide enfin de s’installer à Nashville dans sa propriété où il héberge son propre studio, et accessoirement son épouse qui n’est autre que son manager. Seul dans son studio, seul en scène, Jim (il s’appelle ainsi lorsqu’il ne fait référence qu’à l’artiste… vous avez dit schizophrénie ?) assure. Loin de vouloir plaire, il se complait dans sa créativité débordante, et se retrouve dans sa chambre sur scène, comme un enfant à la blouse trop grande, bienheureux d’avoir la paix, profitant de ses joujoux platines, pour montrer l’envergure de son talent à ses amis.

On ne peut pas plaire à tout le monde. Il le sait. Par conséquent, à quoi bon tenter de plaire à tout prix ? Alors oui, parfois, cela manque de générosité. Parfois, cela relève trop de la performance. Mais loin de le blâmer, on salue le courage, l’ego assumé, l’innovation, l’ambition et l’audace du créateur. That’s Jamie Lidell.

 

 

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