Maison indépendante

« NO STRINGS », PAR MARK SAFRANKO : L’ART DE LA CHUTE LIBRE.

 

 

Tara Lennart |

 

 

No strings » : sans filet de sécurité, pourrions-nous traduire. Sans rien qui empêche le narrateur, Richard Martzen, de se retrouver englué dans une spirale de violence et de pulsions, tout ça à cause d’une femme, eh oui. Mark Safranko nous avait habitués au rocambolesque cynique, aux frasques exaltées et anarchistes d’un anti-héros attachant. Avec ce roman, il nous plonge dans un policier haletant et qui a le don de nous mettre mal à l’aise et de nous donner mauvaise conscience.

 

Honnêtement : qui n’a jamais trompé ? Qui n’a jamais fait de connerie, dangereuse pour son quotidien confortable ? Qui ne s’est jamais retrouvé pris au piège d’une situation pourrie, avec le monde qui menace de s’écrouler autour de soi ? A mon avis ? Pas grand monde. Sinon cette chronique est lue par des menteurs ou des catholiques intégristes. Que les premiers continuent leur lecture, on leur pardonne, ça nous arrive à tous de mentir, et que les autres aillent chercher leur petit garçon à la chorale. Bref.

Le risque, la tentation, le goût du challenge, l’envie de pimenter son quotidien… ces concepts nous conduisent souvent là où on ne s’y attend pas, quel que soit notre niveau de paranoïa et d’anticipation. Et là, c’est le drame. Car même quand on prévoit tout, il y a toujours un putain de détail qui nous échappe, une donnée imprévue. Un mot, une lettre, un sms non effacé, un appel intercepté, une paille coupée dans la poche, une nana un peu trop collante. Que faire quand ça nous arrive ?

Bonne question, Richard Martzen! Gagné par la routine, le confort et le train-train quotidien, ce père de famille tranquille, mariée à une femme plus âgée et plus fortunée, se lance dans une relation extra-conjugale avec une belle femme intéressante et plus jeune. Rien de bien fantastique, jusque là. Mais, car il y a un « mais » sinon c’est ennuyeux, l’histoire se corse et prend une tournure bien glauque. Chantage, menaces, tentative d’extorsion de fonds attendent ce brave type un peu trop gouverné par sa bite pour voir le pétrin dans lequel il se fourrait. L’adultère idyllique et sportif tourne au cauchemar en moins de temps qu’il ne faut à Martzen pour envisager de se sortir sain et sauf de cette embrouille.

Et c’est là qu’il devient très difficile de chroniquer un policier car expliquer en quoi ce livre fait transpirer des mains et retenir son souffle obligerait à spoiler une bonne partie de l’intrigue. Je me contenterai de botter en touche en parlant du style de Mark Safranko, très efficace. Peu habitué aux tournures de styles complexes dans ses autres romans, il excelle ici dans une écriture rapide et cinglante qui tient en haleine et décrit à merveille les mouvements mentaux de son personnage. D’ailleurs, ce Richard Martzen pourrait être n’importe qui, un mec banal, un peu plus malin, mais pas tant que ça, que Safranko décrit avec une sympathie prononcée. Au final, No Strings est l’histoire d’un type attachant, dépassé par le réel qu’il est allé titiller. Et puis, et le thème revient souvent chez Mark Safrank, les femmes sont quand même une bande de fieffées emmerdeuses manipulatrices et sans foi ni loi. Pensez-y quand votre copine vous donnera envie d’aller voir chez la voisine si le gazon n’est pas plus vert. Vous n’avez aucune idée du prix que peuvent se payer des bonnes parties de jambes en l’air. C’est Mark qui l’a dit !

 

 

No Strings, Black Coffee Press, 2013, 254 pages.

 

 

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