Maison indépendante

GONZO MON AMOUR, ET AUTRES CONSIDÉRATIONS MORTIFÈRES.

 

 

 | Sébastien Thibault |

 

 

L’heure est venue d’accepter, Denise, que le Gonzo n’existe plus. Combien de larmes pensais-tu nous tirer ? Combien de luttes, combien d’espérances avais-tu mises dans cette bataille ? Fallait-il que l’on devienne, comme toi, les soldats tourmentés d’un souvenir perdu d’avance ? A bien te lire, j’ai le sentiment que tu dérailles. Chaque révolution est aujourd’hui mort-née, on le sait – plus d’ennemis, seules des cibles. Alors que cherchais-tu dans le plus clair de tes heures ? Quel idéal voulais-tu conquérir, reconquérir, au fond ? Je conçois le goût amer de ta nostalgie ; même qu’il me plaît de l’aimer la nuit dans le silence, en bon copain, sur le chemin de tes triomphes passés – mais là, je te le dis, tu marches seule.

Surtout que tu les as connus, toi, ces types – Thompson, Bangs et les autres… – tu les as vus avec tes yeux aussi profonds qu’un lac se la plumer au soleil, dans leur bordel sans nom, tapant sur leur machine à écrire comme des junkies voraces… il paraît même que tu voulais faire comme eux : tout lâcher, tout brûler dans le cosmos pour quelques bons papiers. Mais non. Tu n’as pas voulu risquer d’être heureuse. Tu as laissé cette entreprise littéraire mourir en farce existentielle ; une simple danse menée par la réunion de chiens seuls n’ayant su mordre, somme toute, que le bout de leur queue.

Allons Denise, j’aimerais te consoler, embrasser ce cœur rouge qui me résiste. Regarde-moi. L’amour ça meurt. Pareil aux rêves. Pareil au vent. L’amour ça meurt, puis ça renaît. Et ce mois-ci renaît le printemps, beau et fort de revenir tout recommencer. Le printemps. La saison des oranges et des suicides. La saison où tout fout le camp (vers la Floride). Et dire que grâce à toi, Fran jouit « sans capote » dans un monde affranchi des dangers du… morpion ! Le morpion, Denise. Comme le Gonzo. Tous deux coupés à ras par l’hygiénisation de notre société marchande et réductrice. Finies les mauvaises herbes. Finis les animaux humains. Place à l’aseptisation sociale des intimités sexuelles et créatrices.

Mais voilà que déjà, je parle comme un vieux con. Denise ! Heureusement qu’il y a Greg. Lui, il te dirait les mots justes. Il est précis – lis donc la fin de Deep Trouble. Il saurait quoi penser d’Hugo Chavez, par exemple. Toi non. Je n’ai jamais rien compris à ton charabia. Cette histoire d’île où se mettent dans la gueule Michael Jackson, Elvis, Pinochet et consorts. Mais de quoi tu parles, bon sang ?! Denise ! Tu es comme une enfant, parfois. Désinvolte et légère.

Pareille aux rêves. Pareille au vent.

 

 

%d blogueurs aiment cette page :