Maison indépendante

AS GONZO AS YOU CAN – UNE NOUVELLE TENTATIVE AVORTÉE DE CHANGER LE MONDE.

 

 

Fran Martinez |

 

 

20 février 2005, Woody Creek, Colorado : une balle de 44 Magnum traverse la tête du Docteur Hunter S. Thompson. Les petits bouts de sa cervelle de chamane éparpillés un peu partout sur sa machine à écrire sont là pour nous rappeler que le constat à tirer de plus de quarante ans de pratique journalistique borderline, est un constat d’échec.

Revenant sur le processus d’écriture de Fear and loathing in Las Vegas – qu’il considère comme une tentative ratée de Journalisme Gonzo -, HST semble soudainement réaliser à quel point les exigences d’un « vrai » reportage Gonzo impliquent une omniscience que même Dieu nous éblouissant de sa lumière céleste ne saurait occuper : « Le vrai reportage Gonzo exige le talent d’un maître journaliste, l’oeil d’un photographe / artiste et les couilles en bronze d’un acteur. Parce que l’auteur doit participer à la scène tout en l’écrivant – ou du moins en l’enregistrant, ou même en la dessinant. Ou les trois à la fois ». L’idée centrale du manifeste Gonzo réside dans cette volonté de s’affranchir de toute réécriture ; les papiers devraient arriver sur le bureau du rédac’ chef le lundi matin à la première heure, sans retouche, voire même sans relecture. La deuxième idée, qui est probablement celle qui viendra foutre en l’air toute son entreprise de révolutionner le traitement des faits et de la vérité dans le journalisme moderne, nous ramène à Faulkner, son égo et sa prétention à faire de la fiction un témoignage plus vrai encore que n’importe quelle forme journalistique expérimentée par l’Homme… jusqu’à Thompson ? Va savoir. En tout cas, de ces deux axiomes – va pour axiome -, découlent deux sources de frustrations qui amèneront Thompson et sa démence à faire le constat de cet échec patent : « Pas de tripotage en chambre noire, pas de recadrage ou de repiquage… pas de réécriture. Mais c’est un truc sacrément dur à faire, et à la fin je me suis retrouvé en train d’établir un cadre essentiellement fictif autour de ce qui avait commencé comme un spécimen de journalisme direct et dingue (…) Fear and Loathing in Las Vegas doit donc être pris pour une expérience démentielle, une belle idée qui a follement dévié en cours de route… victime de sa propre conception schizophrénique, aspirée et finalement estropiée dans ces limbes vains et académiques entre journalisme et roman ».

Mais alors, si tout est si noir et indémerdable, que reste-t-il de Thompson ? Que reste-t-il de l’idéal Gonzo ? Eh bien sans doute l’idée que l’objectivité journalistique n’ayant jamais été atteinte, mieux valait exalter la subjectivité du journaliste. Et probablement aussi la satisfaction d’avoir suscité des vocations littéraires.

 

 

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