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THE NEW YORKER’S BRUCE SPRINGSTEEN, UNE TRADUCTION FRANÇAISE. [3]

 

 

 | François Michel |

 

 

Un article original de David Remnick publié le 30 juillet 2012 dans The New Yorker.

 

A mesure qu’il devenait plus verbeux, Springsteen devint aussi bien plus politique. Il avait déjà un peu commencé. En 1972, il joua un concert de soutien pour George McGovern, dans un cinéma de Red Bank, mais en tant que jeune homme, il s’intéressait à la musique presque uniquement comme source de libération personnelle. Il n’avait pas fait le lien entre la dérive de son père et les politiques de licenciements, entre le déclin de Freehold et la vague de désindustrialisation.

Une conscience politique est perceptible dans Darkness on the Edge of Town, et encore plus dans les années suivantes. Il commença à trouver le ton qu’il fallait pour ça grâce à ses lectures – l’enthousiasme de Landau joua un rôle –, ses voyages, et surtout, la musique country et folk, de Hank Williams à Woody Guthrie. Springsteen savait qu’il avait épuisé le filon des chansons sur les nuits de désespoir sur la route, il voulait écrire des chansons qu’il pourrait chanter comme un adulte, sur le mariage, la paternité, et d’autres sujets de société plus larges. Alors qu’il écoutait sans cesse Hank Williams, il expliqua que les chansons passèrent « de l’état d’archives à l’état de réalité. » Ce qui avait paru « bizarre et vieux jeu » était maintenant profond et sombre, Williams représentait maintenant le « blues adulte », et la musique de la classe laborieuse. « La country, par nature, m’a toujours attirée : c’est une musique provinciale, comme moi », expliqua  récemment Springsteen dans un discours à Austin. « J’avais l’impression d’être un gars normal avec un don un peu au dessus de la moyenne… Et la country parlait de la vérité qui émane de la sueur, du bar local, de la boutique d’à côté. » Il lut la biographie de Guthrie par Joe Klein. Il lut les mémoires de l’avocat des droits civiques Morris Dees et de l’activiste pacifiste Ron Kovic. Tout cela nourrit sa réflexion pour les hymnes ouvriers de Darkness on the Edge of Town, pour le cri acoustique de Nebraska, et même les tubes pop de Born in the USA. Il chantait à présent les vétérans du Vietnam, les travailleurs migrants, les classes, les divisions sociales, les villes désindustrialisées et les villages oubliés – mais jamais dans un langage qui fasse oublier « Bruce », l’icône, la rock star aimée des familles.  Sur scène, il commença à chanter des odes à ses causes et à demander des donations pour les banques alimentaires, mais son langage n’était jamais menaçant ou aliénant, tandis que les recettes des concerts et les ventes de disques étaient plus qu’excellentes.

Certains virent là dedans un côté moralisateur. En 1985, James Wolcott, enthousiaste devant le punk et la new-wave, s’exaspéra de la sincérité « mièvre » de Springsteen et du crédit que lui accordait l’ « establishment citadin ». « La piété a commencé à s’accumuler autour de sa tête frisée comme la brume autour des montagnes », écrivit Wolcott dans Vanity Fair. « On ne peut pas accuser la montagne pour la brume, mais quand même, cette vénération devient gênante. » Pour Tom Carson, le problème venait d’un manque de radicalisme – du fait que Springsteen restait, au fond, un modéré conventionnel. Springsteen pensait « que le rock’n’roll était fondamentalement merveilleux », écrivit Carson dans L.A. Weekly. « C’était une alternative, un échappatoire, mais pas une rébellion, et pas non plus une route vers un éden sexuel ou social interdit, ou par extension, un rejet de la société traditionnelle. Pour lui, le rock rachetait la société traditionnelle.

Du point de vue marchand du rock à succès, ce côté conventionnel était une force, et pas une limitation. Au milieu des années 80, Springsteen était la plus grande rock star du monde, capable de remplir le Giants Stadium dix soirs de suite. Il ne remettait pas en cause les valeurs américaines, si bien que George Will[2] lui rendit visite en 1984. Portant un nœud papillon, un blazer croisé, et avec des boules dans les oreilles, Will assista à un concert de Springsteen à Washington et écrivit un édito : « Je n’ai rien deviné des idées politiques de Springsteen (…). Ce n’est pas un pleurnichard, et ses récits d’usines fermées et d’autres problèmes sont toujours ponctués de la grande et joyeuse affirmation : « Born in the USA » ! » Une semaine plus tard, Ronald Reagan se rendit dans le New Jersey pour un discours de campagne. Tirant sa réplique de Will, il lança : « Le futur de l’Amérique se trouve dans les milliers de rêves de vos cœurs, il se trouve dans le message d’espoir des chansons de celui que tant de jeunes américains admirent : Bruce Springsteen, du New Jersey. »

Springsteen était écœuré. Il affirma plus tard que Born in the USA fut la chanson « la plus incomprise depuis Louie Louie » et commença à la chanter dans une version acoustique qui la débarrassait de sa grandiloquence et rendait sa noirceur plus évidente. Sur scène, il expliqua : « Le président a donc mentionné mon nom dans son discours l’autre jour, et je me suis demandé, dans mes disques, quel devait être son préféré, vous voyez… Je ne pense que ce soit Nebraska. Je ne pense pas qu’il l’ait écouté celui là. » Springsteen joua alors Johnny 99, la sombre histoire d’un ouvrier licencié du New Jersey, alcoolique et désespéré, qui tue un concierge lors d’un vol raté.

Quelqu’un dit un jour à Paul McCartney que les Beatles étaient « anti-matérialistes ». McCartney rigola. « C’est un mythe », répondit-il. « John et moi, on s’asseyait et on se disait, littéralement : « Bon, allez, la prochaine qu’on écrit nous paiera une piscine. » Avec l’album Born in the USA, Springsteen combinait les vertus politiques et l’attrait populaire, la protestation et la fête. Alors qu’il écrivait les chansons pour l’album en devenir, Landau lui dit qu’ils avaient là un super disque, mais qu’ils n’avaient pas encore la piscine. Ils avaient besoin d’un tube. « Ecoute, j’ai écrit 70 chansons », répliqua Springsteen. « T’en veux une autre, tu l’écris ! » Puis il rentra boudeur à son hôtel et écrivit Dancing in the Dark. Les paroles reflétaient la frustration d’un artiste à bout qui n’a « plus rien à dire », mais la musique – une pop étayée par une irrésistible mélodie de synthé – coulait toute seule. « C’était le plus loin que je voulais aller dans la direction de la pop, et peut-être même un peu plus loin », se rappelle Springsteen dans un texte de son recueil, Songs. « Mes héros, d’Hank Williams à Frank Sinatra en passant par Bob Dylan, étaient des musiciens populaires. Ils avaient des tubes. Il y avait du bon à essayer de toucher un large public. » Born in the USAdevint disque de platine et le disque le mieux vendu de l’année 1985 et de la carrière de Springsteen.

Quand Springsteen et Van Zandt étaient jeunes, ils avaient des rêves de « Cadillac roses », de fortune et de gloire rock’n’roll. « Je savais que je ne serais jamais Woody Guthrie » se rappela Springsteen, à Austin. « J’aimais Elvis, j’aimais trop les Cadillac roses, j’aime la simplicité et le sentiment d’émotion temporaire et facile des tubes pop, j’aime le bon gros son, et à ma façon, j’aime le luxe et le confort de la vie de star. » Il acheta un domaine de 14 millions de dollars à Beverly Hills. Il resta ami avec ses vieux potes du New Jersey, mais il se fit aussi d’autres amis, des amis célèbres. Lorsqu’il épousa une actrice nommée Julianne Phillips, en 1985, ils passèrent leur lune de miel dans la villa de Gianni Versace sur le lac de Côme. Plus tard, ce furent des voitures de collection et des motos, un home-studio dernier cri, des chevaux, et signe ultime d’ascension sociale, l’agriculture bio. Les tournées passèrent à l’échelon supérieur : jets privés, hôtels cinq étoiles, restauration de luxe, masseurs, management efficace.

Springsteen savait qu’il y avait là une drôle de contradiction : le multimillionnaire qui, dans sa représentation scénique, se faisait la voix des dépossédés. A de très rares occasions, des signes de gêne à ce propos ont transparus dans ses textes. A la fin des années 80, il joua Ain’t Got You, que l’on trouve sur son album Tunnel of Love. La chanson raconte l’histoire d’un gars qui « reçoit la rançon d’un roi pour faire ce qui vient naturellement », qui a « la fortune des dieux » et une « maison pleine de Rembrandt et d’œuvres hors de prix », mais manque de l’affection de son aimée. Van Zandt perçut l’autodérision, mais s’en moquait. Il était atterré. « On a eu une des plus grosses disputes de notre vie », se rappelle Van Zandt. « Moi j’étais là « Mais putain c’est quoi ça ? », et lui, à me dire « Ben quoi, c’est la vérité, c’est juste moi, c’est ma vie. » Et moi je répondais « C’est des conneries. Les gens n’ont pas besoin que tu parles de ta vie. Personne n’en a rien à branler de ta vie. Ils ont besoin de toi pour leurvie. C’est ça ton truc. Donner de la logique, de la raison, de la compassion et de la passion à ce monde froid, confus et fragmenté – c’est ton don. Leur expliquer leur vie.Leur vie, pas la tienne. » Et on s’engueulait et on s’engueulait et on s’engueulait. Il me disait « Je t’emmerde », je lui disais « Je t’emmerde ». Je pense que certaines de ces choses ont ensuite eu une importance dans sa tête. »

Springsteen traversa également des phases de dépression autrement plus sérieuses que les moments de culpabilité de « l’homme riche portant la chemise d’un pauvre », comme il le chante dans Better Days. Un nuage de crise se forma alors que Springsteen achevait son chef d’œuvre acoustique Nebraska, en 1982. Il roula depuis la côte Est jusqu’en Californie, puis fit le voyage retour d’une traite. « Il était d’humeur suicidaire », raconte son biographe et ami Dave Marsh. « Cette dépression n’était en soi pas surprenante. Il venait de passer comme une fusée de l’anonymat à la célébrité, et tout le monde s’était mis à lui lécher le cul en permanence. Y a des chances que ça fasse apparaître quelques questions pour savoir ce que tu vaux vraiment. »

Springsteen commença à se demander pourquoi ses relations étaient vouées à l’échec. Et il n’arrivait pas à oublier le passé non plus – le sentiment qu’il avait hérité de son père une tendance à l’isolement et à la dépression. Pendant des années, il se rendit en voiture de nuit devant la maison de ses parents à Freehold, parfois trois ou quatre fois en une semaine. En 1982, il commença à voir un psychothérapeute. Lors d’un concert, des années plus tard, Springsteen commença sa chanson My Father’s House en rappelant ce que lui avait dit le médecin au sujet de ces expéditions nocturnes à Freehold : « Il m’a dit « Ce que tu fais c’est à cause de quelque chose qui s’est mal passé, tu y retournes en pensant que tu pourras changer ça. Quelque chose a déconné, et toi tu continues à retourner sur tes pas pour voir si tu peux réparer ça d’une façon ou d’une autre. » Et moi, assis là, je lui ai dit « Mais oui, je répare » ; et lui me répondit « Non, tu ne peux pas. » »

Sa grande richesse avait satisfait ses rêves de Cadillac roses, mais ne pouvait pas grand chose pour chasser les chats noirs. Springsteen donnait des concerts de près de quatre heures, poussé, selon ses termes, par de la « peur brute, du dégoût et de la haine contre moi-même. » S’il jouait si longtemps, ce n’était pas que pour marquer le public, c’était aussi pour se cramer. Sur scène, il tenait la vie réelle à distance.

« Mes problèmes n’étaient pas aussi évidents que la drogue », dit-il. « Les miens étaient différents, plus calmes – aussi problématiques, mais plus calmes. Chez tous les artistes, à cause des relents d’histoire et de rejet de soi, il y a un incroyable élan vers la libération personnelle qui s’opère sur scène. C’est deux choses : une formidable découverte de soi sur scène, et aussi un abandon en même temps. Tu te libères de toi même pendant ces heures-là, toutes les voix que tu entends dans ta tête ne sont plus là. Parties. Il n’y a plus de place pour elles. Il n’y a plus qu’une voix, celle avec laquelle tu t’exprimes. »

La vie de Springsteen, depuis ces deux dernières décennies, semble parfaitement stable, sous tous les aspects. En 1991, il épousa Patti Scialfa, qui avait côtoyé la scène musicale d’Asbury Parl et qui avait rejoint le E Street Band en tant que chanteuse. Fille d’un promoteur immobilier, elle étudia la musique à l’université de New York.

Alors que Springsteen était parti sur la route, je me rendis à Colts Neck, là où lui et Patti vivent dans une ferme de 180 hectares. Ils ont trois enfants, deux fils et une fille. Quand ils étaient petits, la famille habitait plus près de la côte, à Rumson, New Jersey. Rumson est plutôt riche, en tout cas pour une banlieue. Colts Neck ressemble davantage à Middleburg, en Virginie. Beaucoup d’amateurs de chevaux vivent là. Queen Latifah aussi. Les Springsteen ont aussi des propriétés à Beverly Hills et à Wellington, en Floride.

Springsteen n’est pas insensible aux charmes de sa bonne fortune (« Je mène la grande vie »), mais Patti, qui fut élevé près de lui mais dans un environnement bien plus fortuné, voit davantage les choses en grand. Quand ils s’installèrent à Colts Neck, elle engagea Rose Tarlow, une architecte d’intérieur qui avait travaillé chez leur ami David Geffen, pour emménager la maison. Quand j’arrivai là-bas, un garde me conduisit dans un immense garage qui avait été transformé en studio d’enregistrement et salon. Les murs y sont décorés de photographies de Bruce Springsteen, évidemment ;  les tables et les étagères remplies d’ouvrages sur la musique, en particulier Presley, Dylan, Guthrie, et Springsteen. Une grande télé, une machine à expresso, et une canne gravée ayant appartenue à Presley, et que ce dernier brisa en 1973 dans un accès de colère.

Patti Scialfa arriva après un moment, suivie par deux grands bergers allemands. Une femme grande et mince, la cinquantaine bien avancée avec une impressionnante tignasse rousse, chaleureuse et souriante, mais qui semblait un peu nerveuse. Scialfa, comme son mari, est magnifiquement bien servie par la vie, mais elle se trouve dans une position étrange dont elle n’aime pas parler en public. Pendant les concerts, elle se tient deux micros à gauche de son époux, un endroit parfait d’où observer, nuit après nuit, les milliers d’yeux affamés dirigés vers lui. Scialfa a enregistré trois albums personnels. Dans le E Street Band, qu’elle a rejoint il y a 28 ans, elle joue de la guitare acoustique et chante, mais, comme elle me l’a avoué, « Je dois dire que mon rôle dans le groupe est plus figuratif que musical ». Sur scène, sa guitare est à peine audible, et elle n’est qu’une voix parmi des chœurs déjà nombreux. Personne dans le public n’ignore qu’elle est la femme de Springsteen – sa « Jersey girl », sa « rousse », comme le disent ses chansons – et au moment où le show le demande, elle peut flirter, le repousser, tomber en pamoison, ou danser. Le E Street Band est un ensemble de personnages, autant que de musiciens, et Scialfa joue son rôle d’aguicheuse et d’épouse fidèle à la perfection, exactement comme Van Zandt joue celui du meilleur ami. « Parfois je suis frustrée et je voudrais apporter quelque chose de plus unique », dit-elle, « mais le groupe, dans ce contexte, ne le permet pas. »

Dans les dernières tournées, Scialfa a été présente par intermittence. Elle saute certains concerts pour être avec les enfants : l’aîné, Evan, est tout frais diplômé du Boston College, la fille ; Jessica, est à Duke et suit une formation d’équitation ; et le plus jeune, Sam, entrera cette automne au Bard College. Etre présente pour les enfants a été une priorité. « Quand j’étais jeune je me sentais vraiment, vraiment vulnérable », dit-elle. « Je voulais donc que les choses soient stables et détendues et avoir quelqu’un à la maison, être sûre qu’ils se sentaient supportés lorsqu’ils partaient à l’école. Le plus dur est de se partager, d’avoir le sentiment de ne jamais faire un travail vraiment à fond. »

Il fallut du temps pour amener Springsteen, un « isolationniste » par nature, à s’installer dans un vrai mariage, et à résister au besoin de ne se concentrer que sur sa musique et la scène. « Maintenant, je considère comme deux des plus beaux jours de ma vie », raconta-t-il à un journaliste du Rolling Stone, « le jour où j’ai pris ma guitare et le jour où j’ai appris à la reposer. »

Cela fit sourire Scialfa. « Quand on est aussi sérieux et aussi créatif, peu apte à accorder confiance à un niveau intime, et que votre art vous a donné autant, votre capacité à créer quelque chose devient un remède. C’est la seule chose qui donne la stabilité, la joie, l’estime de soi. Et on se dit « cette partie de moi, personne ne la touchera ». Quand on est jeune ça marche, parce que ça vous mène de A à B. Quand on vieillit, quand on essaye d’avoir une famille et des enfants, ça ne marche pas. Je crois que certains artistes ont une capacité si grande à protéger le puits de leur inspiration qu’ils finissent par protéger aussi des parts obscures de leur personnalité. Et on commence alors à voir que quelque chose est brisé. Ca ne veut pas dire qu’on devient un loup solitaire ou un monstre mythologique, c’est juste que quelque chose est brisé. Bruce est intelligent. Il voulait une famille, il voulait une relation, et il a travaillé très très dur pour ça – aussi dur que sur sa musique. »

J’ai demandé à Patti comment il y parvint finalement. « La thérapie, bien sûr », répondit-elle. « Il était capable de se regarder et de lutter contre lui-même. » Et même cela n’a pas permis à Springsteen de se prononcer définitivement. « Ca ne m’a pas effrayé, explique Scialfa, j’ai moi aussi souffert de dépression, je savais donc ce que c’était. La dépression clinique, je connaissais. Je me sentis vraiment proche de lui. »

Dans leurs premières années communes, les vacances parfaites pour Bruce et Patti consistaient à grimper en voiture et conduire jusqu’à la Vallée de la mort, payer une chambre d’hôtel sans télé et sans téléphone, traîner et sortir. Aujourd’hui, ce serait plutôt un voyage avec les gosses ou une croisière en Méditerranée sur le yacht de David Geffen. « Je me souviens, quand ma famille est devenue riche, que certains essayèrent de nous faire culpabiliser », raconte-t-elle. « La conclusion c’est celle là : si ça n’affecte pas votre art, ça n’affecte pas votre art. Qui a écrit Anna Karénine ? Tolstoï ? C’était un aristocrate ! Cela a-t-il rendu son œuvre moins vraie ? Si vous avez la chance de posséder un talent, que vous l’avait nourri, protégé et que vous avez été vigilent, pouvez-vous le perdre ? Vous savez, vous pouvez aussi le perdre en restant assis à boire de la bière ! Ca n’a rien à voir avec la vie de pacha. »

Selon Springsteen, le talent créatif est toujours nourri par les noirs penchants de sa personnalité, et la fortune n’est pas une garantie de succès. « J’ai passé trente ans en psychanalyse ! » raconte-t-il. « Il ne faut pas sous-estimer la place du rejet de soi-même dans tout ça. On pense comme ça : je n’aime pas tout ce que je vois, je n’aime pas tout ce que je fais, mais je dois changer, je dois me transformer. Je ne connais pas un seul artiste qui ne marche pas à ce carburant. Si tu es très content de toi, tu ne vas pas t’emmerder à faire tout ça ! Brando n’aurait jamais été acteur. Dylan n’aurait pas écrit Like a Rolling Stone. James Brown n’aurait passé si longtemps à chercher cette note, si difficile à trouver… C’est une motivation, ce côté qui dit « Je dois me refaire, refaire ma ville, mon public », ce désir de renouveau. »

 

[2] Editorialiste américain, connu pour ses prises de position conservatrices.

 

 

Retrouvez l’article original sur le site du New Yorker :http://www.newyorker.com/reporting/2012/07/30/120730fa_fact_remnick

 

 

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