Maison indépendante

LES PIEDS DANS L’EAU.

 

 

| Anthony Lapoire |

 

 

On passe notre vie à essayer de comprendre pourquoi, alors qu’il s’agit de trouver qui de lui ou elle pourrait nous en faire apprécier chaque petit moment. Ceux qui ne durent pas. Ceux qu’on n’endure pas. Je me rappelle de l’un eux, à Bethesda dans le Maryland, l’une des étapes de la tournée.

C’était inattendu. Comme cet orage qui s’est abattu sur la ville ce soir-là. Un de ceux qui font déborder la rivière au coin de la rue. Le quartier dans lequel on avait quelques heures auparavant pris une marche était méconnaissable : tout n’était qu’eau. Un torrent d’une force relative, suffisamment rigoureux pour me faire hésiter un instant à y plonger. Je ne pouvais y arriver seul. Elle m’avait dit aimer l’odeur de la pluie et j’avais compris alors – sans qu’elle me le dise – qu’elle m’accompagnerait dans cette traversée à la nage. Comme de grands enfants, on enlève nos chaussures et on se met à courir dans l’eau chaude, à la recherche de nos bagages. A la recherche de réponses à nos questions.

La première fois, c’était il y a trois ans. On n’avait pas énormément échangé de paroles, mais ses yeux m’avaient dit ce jour là ce que je voulais entendre, et je m’en satisfaisais. Je lui demandais si on se reverrait un jour, et son regard, profond, triste mais rieur, me disait « oui ». Peut-être.

J’ai cru la perdre une seconde fois il y a peu à cause de cet orage-là. Simple spectateur de la scène, j’étais incapable de faire quoique ce soit pour empêcher que les vagues l’emportent. Mais elles en ont décidé autrement, et je la voyais s’éloigner. Un petit peu, puis un peu plus. J’avais beau faire tous les efforts du monde, je ne pouvais rien y faire. Epuisé, je ne pouvais espérer qu’une chose : que le courant me la ramène. Je ne pouvais la perdre une seconde fois. L’eau nous submerge.

Elle me submerge.

L’orage n’a duré que quelques dizaines de minutes. Le ciel se dégageait petit à petit et je pouvais l’apercevoir au loin. Je ne comprenais toujours pas pourquoi, mais j’avais au moins une réponse à l’une de mes questions. J’en suis maintenant capable, oui, et je nage jusqu’à la surface.

Je sors la tête de l’eau et elle m’apparaît. Mon dieu qu’elle est belle.

 

 

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