Maison indépendante

L’ÉCRITURE N’EST QU’UN GIMMICK.

 

 

Fran Martinez |

 

 

Le drame de l’Homme postmoderne réside dans ce simple constat : les écrivains ne sont plus populaires, ils ne nourrissent plus leur époque.

 L’écriture n’est même plus un sacerdoce ; c’est une survivance, un simple gimmick. Bien sûr on pourra toujours en vivre et bien en vivre, de l’écriture ; mais au bout du compte, et dans l’attente d’un prochain régime totalitaire, combien d’oeuvres ? Combien de pavés écrits et publiés dans les trente dernières années seraient susceptibles de partir en fumée dans un autodafé à cause de leur caractère subversif ? Il paraît que le rock est perdu lui aussi, qu’il n’y a plus, en 2012, aucun mouvement clairement identifiable, comme ce fût pourtant le cas au début des années 2000 avec l’émergence de groupes comme les White Stripes. Mais même eux, ont-ils réellement nourri leur époque, ou simplement une vague hipe ? La pop-culture ? Pillée, vandalisée, dispersée aux quatre vents, si l’on en croit les travaux de Simon Reynolds – Retromania : Pop culture’s addiction to its own past ; nous sommes tellement accros à la jeunesse de nos parents, tellement érudits, que nous sommes devenus des archéologues pillards incapables de nous projeter au-delà des simples gimmicks que nous vendent la publicité, les médias et Keith Richards, et qui nous lient à l’immédiateté crasseuse de nos existences pathétiques.

Les écrivains ne sont plus populaires parce qu’ils ont été remplacés par les chroniqueurs, les humoristes et les philosophes humanistes de plateau de télévision.  Mais Giono, Gide, Miller, Nabe, Steinbeck, Thompson, Bangs ; en voilà des chroniqueurs qui avaient des choses à dire et qui ne se conformaient pas aux seuls agendas politiques et médiatiques ! Choron, Desproges, les Monty Python ; en voilà des humoristes qui ne se posaient pas en martyrs de la liberté d’expression ! Michel Foucault ; en voilà un philosophe qui en connaissait un rayon sur l’humain et ses pulsions les plus secrètes, et qui ne serait jamais allé croire, ne serait-ce qu’une seule seconde, qu’il a pu influencer une coalition d’Etats bien décidée à en finir avec un dictateur en Lybie.

Est-ce donc la fin de l’Histoire ? Je veux dire ; pour de bon cette fois ?

La fin de l’Histoire ce n’est pas la Chute du Mur de Berlin, c’est Reagan et Thatcher ; c’est aussi la fin de la littérature. Les oeuvres majeures des trois dernières décennies qui viennent de s’écouler n’intéresseront que les sociologues. On parle déjà des bouquins de Brett Easton Ellis comme de documents historiques attestant l’existence d’une postmodernité, où l’individualisme forcené nous ramènerait à la vacuité de nos vies et à la fin des éternels questionnements sur le sens de l’existence ; le matérialisme est roi, la reconnaissance publique une vertu, la visibilité une fin en soi, l’humanité une cause perdue.

Et la bourgeoisie désabusée à l’ignorance satisfaite et obscurantiste viendra encore nous faire croire que les vieux se battaient pour des causes nobles et qu’il ne nous reste plus rien à conquérir.

Peut-être qu’on est juste trop mou du cul, voilà tout. Peut-être qu’il suffirait simplement de reprendre nos plumes, Ô mes frères, de se réjouir et de se remettre à écrire vraiment. Ecrire des trucs qui font tâche, des trucs qui emmerderont à la fois le bourgeois et le prolo, la ménagère et le curé, le puissant et le looser. Avant qu’il ne soit trop tard ; avant que nous n’ayons plus rien à transmettre ; avant que nos esprits ne soient plus qu’un immense champ de ruines bouffés par une apathie primaire et destructrice, et que, comme l’écrivait Houellebecq, le triomphe de la végétation ne soit total.

 

 

 crédit photo : Fran Martinez

 

 

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